Abdelkader GUERMAZ - ALGERIA MY LOVE - Exhibition.

From 4 to 10 April - Institut du monde arabe

  • GUERMAZ, Composition 1972.

    Composition, 1972. Oil on canvas, 195 x 130 cm. Donation Claude and France Lemand. Museum, Institut du monde arabe, Paris. © The Estate of Abdelkader Guermaz. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

  • Guermaz, Composition.

    Composition, 1970. Oil on canvas, 195 x 130 cm. Donation Claude & France Lemand. Musée, Institut du monde arabe, Paris. © Succession Abdelkader Guermaz. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

Abdelkader GUERMAZ (Algeria 1919 - France 1996)

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By Emilie Goudal

Born 1919, le peintre et dessi­na­teur Abdelkader Guermaz - « l’aîné des fon­da­teurs de la pein­ture algéri­enne mod­erne », comme le qual­ifie joli­ment le col­lec­tion­neur Pierre Rey - grandit entre sa ville natale de Mascara et Oran. Premier diplômé « indigène » de l’École des beaux-arts d’Oran (1938-1941), où il est même nommé pro­fesseur de dessin, il est rapi­de­ment exposé à la galerie oranaise Colline, qui le représen­tera jusqu’en 1961.

Guermaz est également un homme de mots. Premier prix de poésie de la revue L’Amitié et la Plume en 1953, il signe, entre 1952 et 1961, de nom­breux essais et arti­cles pour les revues Soleil, Simoun et les jour­naux Oran Républicain ou La République. Il écrit aussi sur ses con­frères et amis artistes, notam­ment Louis Nallard, qu’il qual­ifie de « peintre abstrait par excel­lence » ; un parti pris de l’abstrac­tion, ou plutôt de la non-fig­u­ra­tion du sujet, que l’on retrouve dans l’œuvre de Guermaz lui-même. En 1962, il s’installe défini­tive­ment à Paris, mais con­tinue d’exposer avec d’autres pein­tres algériens en France et en Algérie. Son tra­vail sera exposé ponctuelle­ment en Asie, au Salon des Arts plas­tiques de Tokyo en 1973 et à l’Exposition inter­na­tionale des Arts à Téhéran l’année suiv­ante.

Dans ses tableaux, l’impor­tance de la matéri­alité et de la fusion, alliage entre le tissu de la toile brute et la matière pic­turale, est au fonde­ment d’une rigoureuse archi­tec­ture hor­i­zon­tale et ver­ti­cale, à laquelle la couleur spec­trale vient donner du rythme. Une cos­mogonie de la matière, qui use de la ten­sion entre ligne et couleurs, entre rigueur du trait et flu­idité chro­ma­tique.

Le tra­vail du blanc n’est jamais une invi­ta­tion au vide, mais plutôt à pénétrer dans un espace per­foré par la lumière et d’espaces creusés dans la matière. Cette lumière appelle selon l’artiste à la « con­science uni­verselle », à « restituer à cet éclat intérieur toute sa vraisem­blance. ». La struc­ture archi­tec­turée, linéaire, fait émerger une sorte de sfu­mato, qui donne encore para­doxale­ment à ses tableaux à l’huile l’aspect de couleur aquarellée. Car l’objet de la toile est bien la toile elle-même, qui pour l’artiste est la matière, gram­maire à partir de laquelle il fait jaillir la couleur, au dia­pason de sa struc­ture ini­tiale. Pas d’anec­dote, ni d’objet réelle­ment iden­ti­fi­able, si ce n’est le titre qui guide par­fois notre regard pour apprécier ses com­po­si­tions.

L’œuvre de Guermaz a trouvé une place au sein des col­lec­tions de musées (Barjeel Art Foundation à Sharjah, col­lec­tions des musées d’Oran et d’Alger, FNAC, Ville de Paris, plus récem­ment au Musée national d’art mod­erne et surtout au Musée de l’Institut du monde arabe, grâce à la Donation Claude et France Lemand) et une renommée cer­taine auprès de nom­breux cri­tiques d’art et de galeristes ; il est néan­moins mod­este­ment connu aujourd’hui. C’est en homme soli­taire qu’il peint entre 1981 et 1996, jusqu’à sa mort, un 9 août à Paris, lais­sant der­rière lui une pro­duc­tion de plus de quatre cents toiles, recen­sées par le Cercle des amis de Guermaz dans son Catalogue raisonné, et des écrits qui mérit­eraient d’être (re)décou­verts.
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- Abdelkader Guermaz, Composition, 1970. Huile sur toile, 195 x 130 cm. © Donation Claude et France Lemand. Musée de l’IMA.
Dans Composition (1970), l’immer­sion dans la couleur dif­fuse et intense, d’un bleu presque aquarellique, est atténué par la ponc­tu­a­tion de détails, min­i­mal­istes et épais, scan­dant un espace orig­inelle­ment cristallin. Cet indigo liq­uide, d’une matière abrupte du pig­ment à l’huile, est per­turbé par ce peu­ple­ment de stries cernées et ver­ti­cales. Est-ce une foule éparse vue du ciel ? Est-ce une col­lec­tion de notes flot­tantes sur une par­ti­tion pic­turale diluée ? Le con­tem­pla­teur y trou­vera son paysage intérieur, - un « paysage mental » comme le dit Alain Bosquet, - où les formes cubiques, si elles ne sont pas sans remé­morer par­fois la ligne d’horizon d’une archi­tec­ture nord-africaine, outrepassent large­ment la réalité d’une iden­ti­fi­ca­tion à une topogra­phie exis­tante.

- Abdelkader Guermaz, Composition, 1972. Huile sur toile, 195 x 130 cm. © Donation Claude et France Lemand. Musée de l’IMA.
Composition (1972) est « éventrée » d’un couple de strates noires, gouffre béant tout autant que cernes, par con­traste des couleurs lumineuses adja­centes. Ce noir, rare dans l’œuvre de l’artiste, prend ici toute sa place au centre de la toile, pour se diluer dans les ponc­tu­a­tions, notes scan­dées de touches poly­chromes… Bientôt, la brume du gris ou d’un blanc « sali » reprend sa place, sur la part obscure de la toile. Il n’y a rien à y com­prendre ou tout à y voir, la pos­si­bilité de trouver une cor­re­spon­dance à soi dans l’appré­ci­a­tion d’une toile où, comme dit l’artiste, « L’objet ne m’intéresse pas tel qu’il est. Je le dés­in­tègre pour ne m’intéresser qu’au rythme et à la recherche des nuances ».

Copyright © Galerie Claude Lemand 2012.

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