MONET, 4 Nymphéas en Tondo - BENANTEUR, cycles du Tondo.

Du 11 août au 1er novembre - Les Franciscaines, Deauville, France.

  • BENANTEUR, Tondo, Le Lointain.

    Le lointain, 1992. Huile sur toile, tondo 150 cm. Monographie page 20. Donation Claude & France Lemand. Musée, Institut du monde arabe, Paris. © Succession Abdallah Benanteur. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

  • BENANTEUR, Le Jardin de Saadi

    Le Jardin de Saadi, 1984. Polyptyque, huile sur toile, 95 x 120 cm. Collections Barjeel Art Foundation, Sharjah. © Succession Abdallah Benanteur. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

  • BENANTEUR, Jardin persan

    Jardin persan, 1986. Huile sur toile, diamètre 60 cm. Collection privée. © Succession Abdallah Benanteur. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

  • MONET, Nymphéas, 1907.

    Claude Monet, Nymphéas, 1907. Huile sur toile, diamètre 80,7 cm. Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Etienne Métropole 43.4.323. © GrandPalaisRmn / Daniel Arnaudet

Claude Monet, des jar­dins en héri­tage.
Exposition du 11 juillet au 1er novem­bre 2026.
Les Franciscaines, Deauville, France.
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Claude Lemand : MONET, 4 Nymphéas en Tondo.

Claude Monet (1840-1926) a pu voir et enten­dre parler du tondo, forme à la mode dans la pein­ture anglaise des pein­tres vic­to­riens et pré­ra­phaé­li­tes Frédéric Leighton et Edward Burne-Jones. A Paris, il a pu obser­ver Le Bain turc, peint par Ingres en 1852-1862, à l’occa­sion de l’Exposition Universelle de 1900, comme il a pu admi­rer la mul­ti­tude des tondos sur papier qui déco­raient le pla­fond du Pavillon japo­nais, qui avait fait sen­sa­tion et que le Roi de Belgique fit ensuite ériger à Bruxelles. En 1905, l’appa­ri­tion du Bain turc à la rétros­pec­tive consa­crée à Ingres au sein du Salon d’Automne fut un véri­ta­ble événement. D’autres pein­tres qui fré­quen­taient Monet ont expé­ri­menté la pein­ture sur ce format : Maurice Denis peint en 1894 Avril ou le Printemps ; Frederick William MacMonnies, sculp­teur et pein­tre amé­ri­cain voisin de Monet, pein­dra en 1901 The Madonna of Giverny, fai­sant figu­rer sur la toile les enfants du jar­di­nier de Claude Monet, … jusqu’au pein­tre suisse de Paris Augusto Giacometti, auteur de tondos figu­ra­tifs et abs­traits en 1905. Le maître de Giverny finit par s’appro­prier cette forme et pein­dre en 1907-1908 quatre Nymphéas en tondo. Ils auront un grand reten­tis­se­ment sur l’art du XXe siècle. (Voir le cata­lo­gue de mon expo­si­tion Tour du Monde en Tondo, Musée d’Issoudun, 2017).

Ses meilleurs héri­tiers seront les artis­tes venus à Paris après 1945 et qui feront la syn­thèse per­son­nelle entre la culture artis­ti­que de leur pays d’ori­gine et les décou­ver­tes du Maître de Giverny. Jean-Paul Riopelle sera le pre­mier à décou­vrir le der­nier Monet (4 tondos en 1964-1966) et qui ini­tiera les jeunes artis­tes qui feront partie de son groupe : Zao Wou-Ki (4 tondos en 1966-1974), Sam Francis, Joan Mitchell et bien d’autres encore. Mais il me paraît abusif d’affir­mer que le fon­da­teur de l’impres­sion­nisme serait le père de l’une des abs­trac­tions appa­rues au début ou au milieu du XXème siècle, comme si ses 250 Nymphéas avaient suivi une évolution « natu­relle » vers l’abs­trac­tion, perçue et pro­cla­mée comme l’étape ultime, la forme idéale et abso­lue de toute créa­tion artis­ti­que.

En effet, Claude Monet était un amou­reux de la Nature et son œil avait un besoin per­ma­nent de pein­dre sur le motif. Il voya­gera à tra­vers la France et l’Europe tant qu’il en aura la force et il créera le Jardin de Giverny comme son ultime motif, selon son désir et son plai­sir de pein­dre. Qu’ils soient de format carré, rec­tan­gu­laire ou rond, les Nymphéas de Monet sont un « jardin d’eau » réel, diurne et jamais noc­turne, fruit de l’obser­va­tion assi­due et enchan­tée du vrai et réel Jardin de Giverny. L’artiste avait besoin de la lumière du jour, de toutes ses varia­tions et de tous les reflets qu’elle permet entre le ciel et l’eau. Ses tondos sont des images de para­dis de la seule Nature, sans aucune pré­sence humaine ou ani­male.
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Claude Lemand : BENANTEUR, cycles du Tondo.

« J’aime infi­ni­ment les Nymphéas, l’atmo­sphère de rêve exquis qui les enve­loppe, ainsi que les tondi pres­que liqui­des ; j’aime cet ovale de l’Orangerie, sem­bla­ble à un Jardin des déli­ces et l’un de mes désirs est d’envi­ron­ner ainsi le spec­ta­teur. Cette idée de cir­cu­la­rité est fas­ci­nante. Certains poèmes vous accom­pa­gnent toute la vie, cer­tai­nes œuvres aussi. » (Benanteur, in Djilali Kadid, Benanteur. Empreintes d’un che­mi­ne­ment, Paris, 1998)

Arrivé à Paris en 1953, le jeune Abdallah Benanteur (Algérie 1931-France 2017) s’était rapi­de­ment fami­lia­risé avec les Nymphéas du Musée de l’Orangerie, sui­vant la leçon magis­trale et enthou­siaste de défense et illus­tra­tion de « Monet le fon­da­teur » par André Masson. Mais ce n’est qu’en 1980 qu’il décou­vrira les tondos de Monet, dont deux fai­saient partie de la grande expo­si­tion Hommage à Claude Monet au Grand Palais. Désormais fami­lier et impres­sionné par la pein­ture ita­lienne ancienne, qu’il avait obser­vée chaque été de 1981 à 1985 et qui avait trans­formé et illu­miné ses pein­tu­res, Benanteur se renou­velle et élabore un uni­vers per­son­nel de « Jardins de Paradis », syn­thèse entre ses sour­ces d’ins­pi­ra­tion orien­ta­les et euro­péen­nes et les Nymphéas du Musée de l’Orangerie et du jardin de Giverny qui le fas­ci­nent. Il peint quatre tondos en 1986, en hom­mage à Claude Monet, dans le style de ses nou­veaux pay­sa­ges de « Jardins de para­dis » et non dans le style et la thé­ma­ti­que reli­gieuse des dizai­nes de tondos des grands maî­tres de Florence et de la Renaissance ita­lienne. De 1986 à 1997, Benanteur relè­vera le défi de la forme ronde et réa­li­sera plu­sieurs cycles de pein­tu­res en tondo, un total de 28 œuvres de dif­fé­rents for­mats (de 60 cm à 170 cm de dia­mè­tre).

En 1984, Benanteur avait donné à son Jardin de Saadi la forme d’un qua­drip­ty­que, typi­que du Jardin de Paradis (du persan Firdaws) et des Jardins d’Eden tels que décrits dans Le Coran. Il rend hom­mage à Saadi, poète mys­ti­que persan du XIIIème siècle, auteur du Bustân (Jardin), auquel il consa­crera plu­sieurs livres d’artiste. C’est aussi un hom­mage au jardin de Monet, dans ses cou­leurs, ses reflets et ses formes d’arbres et de nym­phéas sty­li­sés. Il vient après l’admi­ra­ble Pour Monet. Giverny de 1983, avec sa lumière blan­che cen­trale qui irra­die le bleu pro­fond de toute la sur­face de la toile, … Ces deux pein­tu­res sont dans les col­lec­tions de Barjeel Art Foundation, Sharjah.

Le Jardin persan, peint par Benanteur en 1986, est-il une célé­bra­tion noc­turne dans l’un des Jardins d’Eden, avec des élus vêtus de blanc, rangés de part et d’autre du maître placé au centre de la toile et tous orien­tés vers le ciel étoilé d’un bleu pro­fond ? Composé de trois zones imbri­quées et orien­tées de bas en haut : la terre avec ses plan­tes et rochers, les deux ran­gées d’élus et un ciel bleu étoilé. Le mou­ve­ment géné­ral de l’œuvre est ascen­dant, comme dans toutes ses pein­tu­res « opti­mis­tes » des années 80.

Qu’ils adop­tent le format carré, rec­tan­gu­laire ou rond, simple ou polyp­ty­que, les jar­dins de Benanteur ne sont jamais le fruit de l’obser­va­tion d’un jardin réel en par­ti­cu­lier, mais le reflet de son jardin idéal, fruit de son ima­gi­naire per­son­nel, nourri par les ima­gi­nai­res des poètes et des soufis qu’il a fait siens. Comme dans les 4 tondos de Monet, le pay­sage, qu’il soit aqua­ti­que ou miné­ral, est sans limi­tes ni bar­rière sur les bords, contrai­re­ment à la plu­part des tondos nar­ra­tifs qui ont sou­vent la forme d’un jardin clos, tel l’admi­ra­ble Paradis ter­res­tre de 1415 des Frères Limbourg, que Benanteur admi­rait tant.

Contrairement à Claude Monet, Benanteur n’avait pas besoin de la lumière du jour, ses tondos ne sont pas des images para­di­sia­ques de la seule Nature, sans aucune pré­sence humaine. Il n’a jamais peint sur le motif et ses pay­sa­ges ima­gi­nai­res sont une Nature peu­plée d’Humains. Il avait l’habi­tude de rester long­temps silen­cieux devant le pay­sage, son esprit et ses sens immer­gés dans le vaste océan vu des plages et falai­ses de Bretagne, de l’île d’Ouessant qu’il ché­ris­sait, soli­taire sur ce rocher qui l’ins­pi­rait.

Le Jardin persan de Benanteur n’est pas la trans­mu­ta­tion maté­rielle sen­si­tive et jouis­sive du pay­sage d’eau de Monet, peuplé de nym­phéas flot­tant entre ciel et eau, que la lumière natu­relle tra­verse et illu­mine ; il n’est pas non plus le Paradis ter­res­tre de la Bible ni les Jardins d’Eden du Coran ou celui des per­sans ou des Andalous. Le jardin de Benanteur est une trans­fi­gu­ra­tion à la fois sen­si­tive et sym­bo­liste du Jardin pla­né­taire idéal et ima­gi­naire, qu’une lumière trans­cen­dan­tale éclaire, une Nature subli­mée et enchan­te­resse, peu­plée de petits grou­pes d’élus vivant en har­mo­nie sur notre Terre, les morts vêtus de blanc et les vivants de bleu.

Copyright © Galerie Claude Lemand 2012.

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