Claude Monet, des jardins en héritage.
Exposition du 11 juillet au 1er novembre 2026.
Les Franciscaines, Deauville, France.
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Les Franciscaines : MONET, des jardins en héritage.
Cent ans après la disparition de Claude Monet (1840-1926), le 5 décembre 1926 à Giverny, la Normandie multiplie les hommages. Au cœur de ce programme, le musée Les Franciscaines de Deauville propose une relecture sensible et contemporaine de l’héritage du peintre des Nymphéas, mettant son œuvre en résonance avec celle d’artistes qui, à travers le monde, partagent la même fascination pour la lumière, les jardins et la couleur. S’appuyant sur des prêts exceptionnels - musée d’Orsay, musée Marmottan, musées de Dreux, de Saint-Étienne, de l’Institut du monde arabe (Donation Claude & France Lemand) - le parcours fait dialoguer Monet avec ceux qui revendiquent sa filiation. Du Japon à l’Afrique du Nord, de l’Europe à l’Amérique du Nord, l’exposition révèle l’universalité et la vitalité d’un héritage qui n’a cessé de traverser les frontières et les générations : l’Algérien Abdallah Benanteur, le Japonais Reiji Hiramatsu, le Canadien Jean-Paul Riopelle, les photographes Jean Gaumy, Bernard Plossu et Jorma Puranen.
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Claude Lemand : BENANTEUR, cycle Les Élus.
Né en 1931 à Mostaganem, Abdallah Benanteur (Algérie 1931-France 2017) a baigné dans un milieu familial et culturel algérien sensible à l’écriture et au livre manuscrit enluminé, à la poésie mystique musulmane, à la musique et au chant andalous. Après ses études à l’Ecole des beaux-arts d’Oran, il s’établit à Paris en 1953, dont il a fait sa capitale de vie et de création. Il s’est éteint le 31 décembre 2017 à Ivry-sur-Seine.
Malgré le contexte historique d’une guerre coloniale aux conséquences tragiques et le milieu social défavorable dans lesquels il a vécu, - et qui l’ont tenu à l’écart du groupe d’artistes américains qui ont redécouvert à Paris la peinture du dernier Monet -, Abdallah Benanteur sera le seul artiste originaire du Monde arabe à avoir si tôt et si profondément intégré dans sa peinture l’esprit des Nymphéas de Claude Monet. Arrivé à Paris en 1953, il a réussi à établir un dialogue fructueux avec la peinture du dernier Monet dès la première et puissante série de ses Nymphéas de la Douleur (1959-1961), peinte à Paris durant la guerre d’indépendance de l’Algérie martyre du colonialisme.
Le jeune Abdallah Benanteur s’était rapidement familiarisé avec les Nymphéas du Musée de l’Orangerie et, en 1980, l’exposition du Grand Palais Hommage à Claude Monet lui en avait donné une vision complète. Fin connaisseur de la peinture italienne ancienne, qu’il avait observée chaque été de 1981 à 1985 et qui avait transformé et illuminé ses peintures, Benanteur se renouvelle et élabore un univers personnel de « Jardins de Paradis », synthèse entre ses sources d’inspiration orientales et européennes et les Nymphéas de l’Orangerie et du jardin de Giverny qui le fascinent et auxquels il rend hommage, tel l’admirable Pour Monet. Giverny de la Barjeel Art Foundation, avec sa lumière blanche centrale qui irradie le bleu profond de toute la surface de la toile, similaire à la série des Nymphéas de 1907 de Claude Monet.
Composé d’un polyptyque et de deux triptyques d’égales dimensions 150 x 350 cm (Les Élus, L’Élu et Les Élus du soir), le cycle des Élus est une œuvre symphonique, constituée de trois mouvements qui se répondent et se complètent, l’hommage de Benanteur aux grandes œuvres monumentales de la peinture européenne classique et surtout l’aboutissement d’un dialogue de trente ans avec les Nymphéas du musée de l’Orangerie, immense cycle de peintures conçu et réalisé par Claude Monet comme le « Monument aux morts et à la Paix » qu’il voulait offrir à la France. Il l’avait promis à son ami Georges Clemenceau, l’homme politique patriote et universaliste, foncièrement anticolonialiste, un anticlérical passionné d’art et de pensée bouddhiste.
Le cycle des Élus constitue un sommet dans la carrière de Benanteur, le plus beau « Monument aux morts pour l’indépendance de l’Algérie et la disparition du colonialisme », un chant d’espoir que les instincts de Vie de la fragile Humanité seront plus forts que les instincts de Mort, afin qu’adviennent enfin la paix et la fraternité universelles tant attendues d’un Jardin d’Eden planétaire. Les visiteurs pourront venir en pèlerinage le voir dans la Salle des Élus qui lui sera consacrée dans la nouvelle scénographie du musée de l’Institut du monde arabe : un lieu de mémoire, de réflexion, de jouissance esthétique et de rêve d’une fraternité universelle.
Les Élus, 1986. Polyptyque. Huile sur toile, 150 x 350 cm.
Un paysage vaste et paisible, traversé de larges trouées blanches, irréelles et diaphanes, comme la série des Nymphéas de 1907-1908 de Claude Monet. C’est la résurrection des morts, par vagues successives, en douceur. La Nature et les Humains sont pris dans un mouvement ascensionnel, à travers un jardin paradisiaque (formes, couleurs et lumière), qui monte vers le ciel. Parfois solitaires, les élus sont plus souvent regroupés par deux, trois ou plusieurs figures. Ils semblent heureux de se retrouver, de flotter en grappes autour des branches. Tous vêtus de blanc, sans aucun signe distinctif de genre, Les Élus seraient les combattants Algériens morts pour l’indépendance de l’Algérie.
L’Élu, 1987. Triptyque. Huile sur toile, 150 x 350 cm.
Le paysage représenté est celui de l’Algérie, prise dans un mouvement tellurique, image de son soulèvement anticolonial et de sa guerre d’indépendance : explosion de volcans et projection des laves et des terres dans l’océan. L’Élu est clairement désigné par Charef, le frère cadet d’Abdallah, mort au combat sur la terre algérienne et représenté en apesanteur en habit de lumière, comme une apparition tout en haut du panneau central, en conversation avec son frère aîné, debout au sommet de la montagne et vu de dos, sa chéchia rouge traditionnelle sur la tête. Grande importance symbolique de L’Élu, qui contraste avec la place très réduite qu’il occupe dans le triptyque, rempli dans sa presque totalité par le paysage, l’immense « Nature » algérienne qui porte L’Élu. Contrairement aux peintures européennes, où les figures de la foi chrétienne occupent le devant de la scène et la quasi-totalité de l’espace, mais conformément à la peinture chinoise et japonaise, où la taille minuscule des Humains donne la mesure de l’immensité de la Nature dont ils font partie et qu’ils ne dominent pas.
Les Élus du soir, 1987. Triptyque. Huile sur toile, 150 x 350 cm.
Le mouvement tellurique continue, mais assagi. Les personnages s’élèvent dans des couleurs nocturnes et l’atmosphère y est encore dramatique. Les Élus du soir est dédié aux Français et Etrangers qui ont milité pour l’indépendance de l’Algérie, pour la justice et la paix. Les morts sont en blanc. Plus nombreux, les vivants sont en bleu. Dans ses entretiens, Benanteur évoquait volontiers son idéal d’égalité et de fraternité entre tous les Humains. Ces Élus du soir seraient les « ouvriers de la onzième heure » de la parabole de l’Evangile (Matthieu 20,1-16) : embauchés en fin de journée, ils ne travaillent qu’une seule « heure » mais, le soir venu, le maître de la vigne les rémunère le salaire d’une journée entière. Ainsi, l’humaniste et universaliste Abdallah Benanteur affirme que les Français et les militants internationaux solidaires sont égaux aux martyrs Algériens et doivent être honorés au même titre.
Conception religieuse et laïque des ÉLUS
Les Élus sont une catégorie religieuse dans le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam. Ils sont aussi une catégorie laïque, la célébration d’une page glorieuse de l’histoire de l’Humanité, d’un futur bonheur universel de fraternité sur le vaste jardin planétaire, dans l’esprit utopiste et pacifiste dont Benanteur se sentait proche, célébration organisée picturalement comme l’Ascension des Élus au Paradis. La commande de ce monument lui en aurait été faite par la multitude des morts au milieu desquels il se sentait vivre et au nom du peuple algérien, qui croit au Paradis, à la fois religieux et laïc, le Paradis de l’Orient et celui de l’Islam qui en est l’héritier.
L’œuvre de Benanteur s’inscrit dans une filiation prestigieuse. Comme Monet, comme le jeune Picasso ou Khalil Gibran, il admirait profondément le peintre symboliste Puvis de Chavannes. Cette apesanteur dans laquelle flottent ses figures - du Bois d’Amour (1981) jusqu’aux Élus - fait écho à William Blake, aux préraphaélites et à Khalil Gibran, l’auteur du Prophète, dont le héros, Al-Mustafa, signifie précisément L’Élu. Avec Gibran, Benanteur partageait l’intuition que les morts vivent parmi les vivants ; il disait sentir auprès de lui la présence de sa mère et de son frère, et tenait les artistes, les poètes et les soufis pour des frères, des voyants chargés de rendre visible l’invisible.