MONET, des jardins en héritage - BENANTEUR, cycle Les Élus.

Du 11 juillet au 1er novembre - Les Franciscaines, Deauville, France.

  • BENANTEUR, Pour Monet. Giverny.

    Pour Monet. Giverny, 1983. Huile sur toile, 120 x 120 cm. Monographie page 6. Collections Barjeel Art Foundation, Sharjah, UAE. © Succession Abdallah Benanteur. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

  • BENANTEUR, L’Elu

    L'Elu, 1987. Huile sur toile. Triptyque, 150 x 350 cm. Monographie pages 70-71. Donation Claude & France Lemand. Musée, Institut du monde arabe, Paris. © Succession Abdallah Benanteur. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

  • BENANTEUR, Les Elus.

    Les Elus, 1986. Huile sur toile. Polyptyque, 150 x 350 cm. Monographie pages 72-73. Donation Claude & France Lemand. Musée, Institut du monde arabe, Paris. © Succession Abdallah Benanteur. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

  • BENANTEUR, Les Elus du soir

    Les Elus du soir, 1987. Huile sur toile. Triptyque, 150 x 350 cm. Donation Claude & France Lemand. Musée, Institut du monde arabe, Paris. © Succession Abdallah Benanteur. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

  • MONET, Le Bassin aux nymphéas, harmonie verte.

    Claude Monet, Le Bassin aux nymphéas, harmonie verte, 1899. Huile sur toile, 89,5 x 92,5 cm. Legs comte Isaac de Camondo, 1911. © GrandPalaisRmn (musée d'Orsay) / Stéphane Maréchalle.

  • BENANTEUR, Portrait en 1980, Île d’Ouessant.

    Abdallah Benanteur en 1980, île d’Ouessant (Bretagne). © Galerie Claude Lemand, Paris.

Claude Monet, des jar­dins en héri­tage.
Exposition du 11 juillet au 1er novem­bre 2026.
Les Franciscaines, Deauville, France.
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Les Franciscaines : MONET, des jar­dins en héri­tage.

Cent ans après la dis­pa­ri­tion de Claude Monet (1840-1926), le 5 décem­bre 1926 à Giverny, la Normandie mul­ti­plie les hom­ma­ges. Au cœur de ce pro­gramme, le musée Les Franciscaines de Deauville pro­pose une relec­ture sen­si­ble et contem­po­raine de l’héri­tage du pein­tre des Nymphéas, met­tant son œuvre en réso­nance avec celle d’artis­tes qui, à tra­vers le monde, par­ta­gent la même fas­ci­na­tion pour la lumière, les jar­dins et la cou­leur. S’appuyant sur des prêts excep­tion­nels - musée d’Orsay, musée Marmottan, musées de Dreux, de Saint-Étienne, de l’Institut du monde arabe (Donation Claude & France Lemand) - le par­cours fait dia­lo­guer Monet avec ceux qui reven­di­quent sa filia­tion. Du Japon à l’Afrique du Nord, de l’Europe à l’Amérique du Nord, l’expo­si­tion révèle l’uni­ver­sa­lité et la vita­lité d’un héri­tage qui n’a cessé de tra­ver­ser les fron­tiè­res et les géné­ra­tions : l’Algérien Abdallah Benanteur, le Japonais Reiji Hiramatsu, le Canadien Jean-Paul Riopelle, les pho­to­gra­phes Jean Gaumy, Bernard Plossu et Jorma Puranen.
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Claude Lemand : BENANTEUR, cycle Les Élus.

Né en 1931 à Mostaganem, Abdallah Benanteur (Algérie 1931-France 2017) a baigné dans un milieu fami­lial et cultu­rel algé­rien sen­si­ble à l’écriture et au livre manus­crit enlu­miné, à la poésie mys­ti­que musul­mane, à la musi­que et au chant anda­lous. Après ses études à l’Ecole des beaux-arts d’Oran, il s’établit à Paris en 1953, dont il a fait sa capi­tale de vie et de créa­tion. Il s’est éteint le 31 décem­bre 2017 à Ivry-sur-Seine.

Malgré le contexte his­to­ri­que d’une guerre colo­niale aux consé­quen­ces tra­gi­ques et le milieu social défa­vo­ra­ble dans les­quels il a vécu, - et qui l’ont tenu à l’écart du groupe d’artis­tes amé­ri­cains qui ont redé­cou­vert à Paris la pein­ture du der­nier Monet -, Abdallah Benanteur sera le seul artiste ori­gi­naire du Monde arabe à avoir si tôt et si pro­fon­dé­ment inté­gré dans sa pein­ture l’esprit des Nymphéas de Claude Monet. Arrivé à Paris en 1953, il a réussi à établir un dia­lo­gue fruc­tueux avec la pein­ture du der­nier Monet dès la pre­mière et puis­sante série de ses Nymphéas de la Douleur (1959-1961), peinte à Paris durant la guerre d’indé­pen­dance de l’Algérie mar­tyre du colo­nia­lisme.

Le jeune Abdallah Benanteur s’était rapi­de­ment fami­lia­risé avec les Nymphéas du Musée de l’Orangerie et, en 1980, l’expo­si­tion du Grand Palais Hommage à Claude Monet lui en avait donné une vision com­plète. Fin connais­seur de la pein­ture ita­lienne ancienne, qu’il avait obser­vée chaque été de 1981 à 1985 et qui avait trans­formé et illu­miné ses pein­tu­res, Benanteur se renou­velle et élabore un uni­vers per­son­nel de « Jardins de Paradis », syn­thèse entre ses sour­ces d’ins­pi­ra­tion orien­ta­les et euro­péen­nes et les Nymphéas de l’Orangerie et du jardin de Giverny qui le fas­ci­nent et aux­quels il rend hom­mage, tel l’admi­ra­ble Pour Monet. Giverny de la Barjeel Art Foundation, avec sa lumière blan­che cen­trale qui irra­die le bleu pro­fond de toute la sur­face de la toile, simi­laire à la série des Nymphéas de 1907 de Claude Monet.

Composé d’un polyp­ty­que et de deux trip­ty­ques d’égales dimen­sions 150 x 350 cm (Les Élus, L’Élu et Les Élus du soir), le cycle des Élus est une œuvre sym­pho­ni­que, cons­ti­tuée de trois mou­ve­ments qui se répon­dent et se com­plè­tent, l’hom­mage de Benanteur aux gran­des œuvres monu­men­ta­les de la pein­ture euro­péenne clas­si­que et sur­tout l’abou­tis­se­ment d’un dia­lo­gue de trente ans avec les Nymphéas du musée de l’Orangerie, immense cycle de pein­tu­res conçu et réa­lisé par Claude Monet comme le « Monument aux morts et à la Paix » qu’il vou­lait offrir à la France. Il l’avait promis à son ami Georges Clemenceau, l’homme poli­ti­que patriote et uni­ver­sa­liste, fon­ciè­re­ment anti­co­lo­nia­liste, un anti­clé­ri­cal pas­sionné d’art et de pensée boud­dhiste.

Le cycle des Élus cons­ti­tue un sommet dans la car­rière de Benanteur, le plus beau « Monument aux morts pour l’indé­pen­dance de l’Algérie et la dis­pa­ri­tion du colo­nia­lisme », un chant d’espoir que les ins­tincts de Vie de la fra­gile Humanité seront plus forts que les ins­tincts de Mort, afin qu’advien­nent enfin la paix et la fra­ter­nité uni­ver­sel­les tant atten­dues d’un Jardin d’Eden pla­né­taire. Les visi­teurs pour­ront venir en pèle­ri­nage le voir dans la Salle des Élus qui lui sera consa­crée dans la nou­velle scé­no­gra­phie du musée de l’Institut du monde arabe : un lieu de mémoire, de réflexion, de jouis­sance esthé­ti­que et de rêve d’une fra­ter­nité uni­ver­selle.

Les Élus, 1986. Polyptyque. Huile sur toile, 150 x 350 cm.
Un pay­sage vaste et pai­si­ble, tra­versé de larges trouées blan­ches, irréel­les et dia­pha­nes, comme la série des Nymphéas de 1907-1908 de Claude Monet. C’est la résur­rec­tion des morts, par vagues suc­ces­si­ves, en dou­ceur. La Nature et les Humains sont pris dans un mou­ve­ment ascen­sion­nel, à tra­vers un jardin para­di­sia­que (formes, cou­leurs et lumière), qui monte vers le ciel. Parfois soli­tai­res, les élus sont plus sou­vent regrou­pés par deux, trois ou plu­sieurs figu­res. Ils sem­blent heu­reux de se retrou­ver, de flot­ter en grap­pes autour des bran­ches. Tous vêtus de blanc, sans aucun signe dis­tinc­tif de genre, Les Élus seraient les com­bat­tants Algériens morts pour l’indé­pen­dance de l’Algérie.

L’Élu, 1987. Triptyque. Huile sur toile, 150 x 350 cm.
Le pay­sage repré­senté est celui de l’Algérie, prise dans un mou­ve­ment tel­lu­ri­que, image de son sou­lè­ve­ment anti­co­lo­nial et de sa guerre d’indé­pen­dance : explo­sion de vol­cans et pro­jec­tion des laves et des terres dans l’océan. L’Élu est clai­re­ment dési­gné par Charef, le frère cadet d’Abdallah, mort au combat sur la terre algé­rienne et repré­senté en ape­san­teur en habit de lumière, comme une appa­ri­tion tout en haut du pan­neau cen­tral, en conver­sa­tion avec son frère aîné, debout au sommet de la mon­ta­gne et vu de dos, sa ché­chia rouge tra­di­tion­nelle sur la tête. Grande impor­tance sym­bo­li­que de L’Élu, qui contraste avec la place très réduite qu’il occupe dans le trip­ty­que, rempli dans sa pres­que tota­lité par le pay­sage, l’immense « Nature » algé­rienne qui porte L’Élu. Contrairement aux pein­tu­res euro­péen­nes, où les figu­res de la foi chré­tienne occu­pent le devant de la scène et la quasi-tota­lité de l’espace, mais confor­mé­ment à la pein­ture chi­noise et japo­naise, où la taille minus­cule des Humains donne la mesure de l’immen­sité de la Nature dont ils font partie et qu’ils ne domi­nent pas.

Les Élus du soir, 1987. Triptyque. Huile sur toile, 150 x 350 cm.
Le mou­ve­ment tel­lu­ri­que conti­nue, mais assagi. Les per­son­na­ges s’élèvent dans des cou­leurs noc­tur­nes et l’atmo­sphère y est encore dra­ma­ti­que. Les Élus du soir est dédié aux Français et Etrangers qui ont milité pour l’indé­pen­dance de l’Algérie, pour la jus­tice et la paix. Les morts sont en blanc. Plus nom­breux, les vivants sont en bleu. Dans ses entre­tiens, Benanteur évoquait volon­tiers son idéal d’égalité et de fra­ter­nité entre tous les Humains. Ces Élus du soir seraient les « ouvriers de la onzième heure » de la para­bole de l’Evangile (Matthieu 20,1-16) : embau­chés en fin de jour­née, ils ne tra­vaillent qu’une seule « heure » mais, le soir venu, le maître de la vigne les rému­nère le salaire d’une jour­née entière. Ainsi, l’huma­niste et uni­ver­sa­liste Abdallah Benanteur affirme que les Français et les mili­tants inter­na­tio­naux soli­dai­res sont égaux aux mar­tyrs Algériens et doi­vent être hono­rés au même titre.

Conception reli­gieuse et laïque des ÉLUS
Les Élus sont une caté­go­rie reli­gieuse dans le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam. Ils sont aussi une caté­go­rie laïque, la célé­bra­tion d’une page glo­rieuse de l’his­toire de l’Humanité, d’un futur bon­heur uni­ver­sel de fra­ter­nité sur le vaste jardin pla­né­taire, dans l’esprit uto­piste et paci­fiste dont Benanteur se sen­tait proche, célé­bra­tion orga­ni­sée pic­tu­ra­le­ment comme l’Ascension des Élus au Paradis. La com­mande de ce monu­ment lui en aurait été faite par la mul­ti­tude des morts au milieu des­quels il se sen­tait vivre et au nom du peuple algé­rien, qui croit au Paradis, à la fois reli­gieux et laïc, le Paradis de l’Orient et celui de l’Islam qui en est l’héri­tier.

L’œuvre de Benanteur s’ins­crit dans une filia­tion pres­ti­gieuse. Comme Monet, comme le jeune Picasso ou Khalil Gibran, il admi­rait pro­fon­dé­ment le pein­tre sym­bo­liste Puvis de Chavannes. Cette ape­san­teur dans laquelle flot­tent ses figu­res - du Bois d’Amour (1981) jusqu’aux Élus - fait écho à William Blake, aux pré­ra­phaé­li­tes et à Khalil Gibran, l’auteur du Prophète, dont le héros, Al-Mustafa, signi­fie pré­ci­sé­ment L’Élu. Avec Gibran, Benanteur par­ta­geait l’intui­tion que les morts vivent parmi les vivants ; il disait sentir auprès de lui la pré­sence de sa mère et de son frère, et tenait les artis­tes, les poètes et les soufis pour des frères, des voyants char­gés de rendre visi­ble l’invi­si­ble.

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