Halida BOUGHRIET - ALGERIE MON AMOUR - Exposition.

Du 6 au 19 juin - Institut du monde arabe

  • Halida BOUGHRIET, Mémoire dans l’oubli 1.

    Mémoire dans l'oubli 1, 2010-2011. Tirage Lambda contrecollé sur Dibond, 120 x 180 cm. Signé et numéroté par l’artiste. Edition de 5 + 2 EA. Donation Claude & France Lemand 2020. Musée, Institut du monde arabe, Paris. © Halida Boughriet. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

  • Halida BOUGHRIET, Mémoire dans l’oubli 5.

    Mémoire dans l’oubli 5, 2010-2011. Photographie originale, tirage Lambda contrecollé sur Dibond, 120 x 180 cm. Signé et numéroté par l’artiste. Edition de 5 + 2 EA. Donation Claude & France Lemand 2020. Musée, Institut du monde arabe, Paris. © Halida Boughriet. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

  • BOUGHRIET, Cri silencieux 1.

    Cri silencieux 1. Performance. Beyrouth, Place des Martyrs, 2016. Tirage Lambda contrecollé sur Dibond, 80 x 120 cm. Signé et numéroté par l’artiste. Edition de 5 + 2 EA. Donation Claude et France Lemand. Musée de l'IMA. © Halida Boughriet. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

  • Halida BOUGHRIET, Les absents du décor 1.

    Les absents du décor 1, 2018. Tirage Lambda contrecollé sur Dibond, 80 x 120 cm. Signé et numéroté par l’artiste. Edition de 5 + 2 EA. Donation Claude et France Lemand 2020. Musée, Institut du monde arabe, Paris. © Halida Boughriet. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

  • Halida BOUGHRIET, Les absents du décor 2.

    Les absents du décor 2, 2018. Tirage Lambda contrecollé sur Dibond, 80 x 120 cm. Signé et numéroté par l’artiste. Edition de 5 + 2 EA. Donation Claude et France Lemand. Musée, Institut du monde arabe, Paris. © Halida Boughriet. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

Halida BOUGHRIET (France, née en 1980).

(D’après Emilie Goudal)

De la vidéo à la performance, du podcast radiophonique à la photographie scénographiée, Halida Boughriet s’est engagée dans une œuvre au carrefour de préoccupations esthétique, sociale et politique, assemblant et construisant de nouvelles formes d’écriture en mouvement. En prise directe avec l’état du monde, l’artiste porte une attention particulière aux conflits qui le traversent et à leurs incidences, à l’échelle de la société ou de l’individu. Le corps est omniprésent dans ses œuvres.

Née en 1980 à Lens, diplomée de l’École des Beaux-arts de Paris - formation qu’elle consolide par une expérience new-yorkaise à la School of Visual Arts, section Cinéma -, Halida Boughriet est une artiste de citations, s’inscrivant dans une généalogie richement référencée de l’histoire de l’art occidentale. Elle en déconstruit et détourne la violence sociale et l’assignation visuelle, dans une action performative de (re)définition avec et contre l’image ; une démarche dont le pendant féminin de la série Mémoire dans l’oubli (2010-2011) est l’une des plus sensibles illustrations.
Halida Boughriet prête une attention particulière aux circulations géographiques et temporelles, mais aussi aux anonymes, modèles de tous âges, genres, origines sociales et géographiques, qu’elle invite à une « prise de parole » dans l’espace visuel. Au moyen de la photographie, sa recherche sur les corps peut prendre la forme de portraits (Orphelinat Sarajevo, 2007) ou de séries telles que Dream City (2008, dédiée aux espaces de jeux aménagés pour les enfants dans différentes villes du monde). Ses vidéos expérimentent souvent des dispositifs d’intervention qui viennent perturber une vie urbaine codifiée.

Cette interaction et diffraction entre les lieux de représentation et les corps (tous deux) habités est perceptible dès les premières pièces de l’artiste, avec les portraits d’une jeunesse « militarisée » de Child in America (2005) ou les Murmures (2009), clameurs étouffées des citadins dans le grouillement new-yorkais. Les codes de la représentation visuelle sont retournés, pour faire place aux voix, aux murmures de la ville. Une relation de distance et de proximité du corps au temps et à « soi-même comme un autre » (Ricoeur), palpable dans sa vidéo Corps de masse (2013-2014), où différentes générations de Dyonisiens investissent les espaces compressés des salles du musée d’Art et d’Histoire de Saint-Denis, avant que, des chairs emboîtées, ne se détache un être hybride, qui éclot dans une atmosphère caravagesque.
Les œuvres de Halida Boughriet font partie de la collection du Centre Georges Pompidou, du MAC/VAL (Vitry-sur-Seine), du MAMA (Alger) et du Musée de l’IMA.
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Halida Boughriet, Mémoire dans l’oubli, 2010-2011. Série de six photographies. Tirage Lambda contrecollé sur Dibon, 120 x 180 cm. © Donation Claude et France Lemand 2019. Musée de l’IMA.
Le gynécée factice et crépusculaire de Mémoire dans l’oubli est une évidente référence aux Femmes d’Alger immortalisées par Delacroix, et plus largement aux odalisques de la peinture et de la photographie orientalistes. « Ces photographies, explique l’artiste, font partie d’une série de portraits de veuves ayant subi les violences de la guerre en Algérie. Ces femmes, dont les portraits représentent une mémoire collective, en sont les derniers témoins. Cependant, quand on évoque la guerre en Algérie, on ne pense jamais à ces femmes, parce que ni l’histoire officielle ni l’imagination populaire de la guerre ne les inclut ou très peu. (…) Cette série a contribué à les réintégrer comme une part importante de l’histoire, elle constitue aujourd’hui des archives. De plus, je les ai transformées en sujet photographique, en réappropriant la surface de l’image. » Ces femmes âgées, montrées dans le confinement d’un intérieur domestique, dont le savoir mémoriel est matérialisé par la lumière nimbant les contours de leurs visages, semblent ici dans l’attente d’être animées, avant que le temps n’enferme à tout jamais une parole restée dans l’antichambre de l’histoire.

Copyright © Galerie Claude Lemand 2012.

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