ETEL ADNAN - Donation Claude & France Lemand

Du 8 au 18 février - Galerie Claude Lemand

  • Etel Adnan, Paysage.

    Paysage, 2014. Huile sur toile, 32 x 41 cm. Donation Claude & France Lemand. Musée, Institut du monde arabe, Paris. © Etel Adnan. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

  • ETEL ADNAN. Portrait.

    Portrait d'Etel Adnan.

Claude Lemand. Entretien avec Nathalie Bondil (extrait)

Nathalie Bondil. Une grande écrivaine et artiste était votre proche voi­sine, votre amie de longue date à Paris : Etel Adnan. Vous avez offert au musée de l’IMA de rares lepo­rel­los et autres pein­tu­res. Un petit pay­sage La Montagne (2014) est devenu ico­ni­que, prêté à des ins­ti­tu­tions inter­na­tio­na­les telles le Zentrum Paul Klee de Berne ou le Van Gogh Museum d’Amsterdam… Comment expli­quez-vous cette reconnais­sance ? Que signi­fie cette petite toile à vos yeux ?

Claude Lemand. J’ai connu Etel à Paris en mars 1989, dès ma pre­mière expo­si­tion des pein­tu­res de Benanteur, qu’elle et sa com­pa­gne Simone Fattal connais­saient et appré­ciaient. Etel était une per­sonne mer­veilleuse. Son mili­tan­tisme fémi­niste était clair, déter­miné, calme, sans agres­si­vité, très posi­tif. Une sagesse uni­ver­sa­liste ins­pi­rait ses écrits et ses entre­tiens pas­sion­nants. Sa créa­ti­vité lit­té­raire et artis­ti­que cou­lait de source. Consciente de sa valeur, elle res­tait étonnée et heu­reuse de son succès tardif. Etel était très fidèle et dis­crè­te­ment géné­reuse, non seu­le­ment avec ses nom­breux amies et amis, mais aussi avec les jeunes femmes artis­tes, écrivaines, tra­duc­tri­ces, gale­ris­tes et mili­tan­tes fémi­nis­tes. J’en ai été le témoin au cours des trente der­niè­res années de sa vie.

Je me suis d’abord inté­ressé à ses lepo­rel­los, que je consi­dé­rais comme son apport le plus ori­gi­nal. Etel a joué un rôle de pion­nière au Liban et dans le monde arabe avec ces cahiers manus­crits, des­si­nés et peints. Elle disait : « J’ai une pas­sion pour le monde arabe ; nous sommes la région des trois reli­gions mono­théis­tes. Or la reli­gion n’est pas qu’une théo­lo­gie, c’est aussi une culture, nous avons un héri­tage incroya­ble. » Elle expli­quait « des­si­ner l’arabe » plus qu’écrire cette langue qu’elle enten­dait enfant. Si elle ne l’a jamais maî­tri­sée ni parlée, elle en avait réap­pris l’écriture. Elle raconte : « En 1964, j’ai décou­vert à San Francisco ces car­nets japo­nais qui se déplient en accor­déon, dans les­quels les pein­tres nip­pons accor­daient des­sins, textes et poèmes. J’ai aus­si­tôt ima­giné que ce serait une excel­lente alter­na­tive au format tra­di­tion­nel de la page, comme si vous écriviez la rivière elle-même. Le résul­tat est une véri­ta­ble tra­duc­tion du poème arabe ori­gi­nel en une équivalence visuelle. Ce format japo­nais du papier qui se déplie crée un format hori­zon­tal qui semble infini et qui dépasse le cadre habi­tuel des œuvres pein­tes. Cela devient une libé­ra­tion du texte et de l’image. »

La Montagne est emblé­ma­ti­que des pein­tu­res les plus ins­pi­rées de son abon­dante pro­duc­tion des dix der­niè­res années, avec ses cou­leurs éclatantes et contras­tées, entre le bleu de la Méditerranée et le soleil rouge du Liban. Bien que de petit format, sa com­po­si­tion est vaste, pla­né­taire. Cette mon­ta­gne inlas­sa­ble­ment chan­tée, peinte et des­si­née par Etel, est, certes, le Mont Tamalpaïs qu’elle voyait en ouvrant la fenê­tre, ornée de pots de fleurs sur le rebord, de sa maison à Sausalito près de San Francisco : c’était son pay­sage de para­dis perdu, rêvé ou espéré. Durant son exil cali­for­nien, elle avait adopté ce sym­bole uni­ver­sel qui la conso­lait et la ras­su­rait en l’absence du Mont Sannine, sou­ve­nir de sa jeu­nesse au Liban, qu’elle aper­ce­vait de par­tout et en toutes sai­sons. Dans son essai, Voyage au Mont Tamalpaïs, Etel écrit : « Le Mont Tamalpaïs est devenu ma maison. Pour Cézanne, la Sainte Victoire n’était plus une mon­ta­gne, mais un absolu, une pein­ture. » Elle ajoute : « J’ai besoin de cir­cu­ler autour de la mon­ta­gne parce que je suis eau. La mon­ta­gne doit rester et je dois m’en aller. Debout sur le Mont Tamalpaïs, je par­ti­cipe des ryth­mes du monde. Tout semble juste. Je suis en har­mo­nie avec les étoiles. Pour le meilleur comme pour le pire, je sais, je sais. » Etel était deve­nue pan­théiste avec le temps, comme le poète libano-amé­ri­cain Khalil Gibran des Processions ou du Prophète. La Montagne est l’auto­por­trait de cette femme lumi­neuse, soli­de­ment arri­mée à la Terre et la tête tour­née vers le Ciel.
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ETEL ADNAN - Donation Claude & France Lemand au Musée de l’IMA :

6 Leporellos avec textes :
- Al-Sayyâb, La Mère et la Fille perdue, 1970. Fermé, 33 x 25,5 cm. Ouvert, 33 x 612 cm.
- Joumana Haddad, Retour de Lilit, 2004. Fermé, 33 x 25,5 cm. Ouvert, 33 x 567 cm.
- Etel Adnan, Voyage au Mont Tamalpaïs, 2008. Fermé, 30 x 10,5 cm. Ouvert, 30 x 567 cm.
- Sarjoun Boulos, Arche de Noé, 2012. Fermé, 27 x 9 cm. Ouvert, 27 x 540 cm.
- Etel Adnan, Là-bas, 2012. Fermé, 27 x 9 cm. Ouvert, 27 x 540 cm.
- Etel Adnan, 27 Octobre 2003, 2013. Fermé, 21 x 15 cm. Ouvert, 21 x 360 cm.
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4 Leporellos sans texte :
- From Laura’s Window n°2, 1977. Fermé, 20,6 x 8 cm. Ouvert, 20,6 x 240 cm.
- Paris Roofs from Jim’s Windows, 1977. Fermé, 18 x 19,5 cm. Ouvert, 18 x 585 cm.
- New York, 1993. Fermé, 17,5 x 11,7 cm. Ouvert, 17,5 x 280 cm.
-  Arbres, 2012. Fermé, 27 x 9 cm. Ouvert, 27 x 522 cm.
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4 Peintures sur toile :
- Paysage calme, 2013. Huile sur toile, 35 x 45 cm.
- Paysage, 2014. Huile sur toile, 32 x 41 cm.
- Paysage, 2014. Huile sur toile, 32 x 41 cm.
- Paysage, 2015. Huile sur toile, 27 x 35 cm.
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12 Dessins sur papier :
- La Montagne, 2014. Ensemble de 10 oeu­vres. Aquarelle et encre de Chine sur papier, 52 x 70 cm.
- Fleurs devant la Montagne, 2015. Aquarelle et encre sur papier, 57 x 76 cm.
- Fleurs sur le rebord de ma fenê­tre, 2015. Encre sur papier, 57 x 76 cm.

Copyright © Galerie Claude Lemand 2012.

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