ZOULIKHA BOUABDELLAH - Barcelone. Musée de l’Art interdit.

Du 18 octobre au 7 novembre - Museo de l'Art Prohibit, Barcelona.

  • BOUABDELLAH, Silence Rouge et Bleu.

    Silence Rouge et Bleu, 2008-2014. Installation de trente paires de chausses à talons aiguille sur trente tapis de prière. © Zoulikha Bouabdellah. Musée de l'art Prohibit, Barcelone.

Barcelone. Musée de l’Art inter­dit - ZOULIKHA BOUABDELLAH

Le tout pre­mier musée dédié aux œuvres cen­su­rées ouvre à Barcelone

Joséphine Bindé, Beaux-Arts Magazine, le 26 octo­bre 2023.

Les esprits rebel­les s’y sen­ti­ront comme des pois­sons dans l’eau ! Ce 26 octo­bre, un nou­veau musée au concept fas­ci­nant ouvre ses portes à Barcelone. Baptisé « musée de l’Art inter­dit » (« Museu de l’art pro­hi­bit » en cata­lan), ce lieu sans pré­cé­dent réunit près de 200 œuvres d’art ayant pour point commun d’avoir été cen­su­rées au nom de la reli­gion, de la morale ou pour des rai­sons poli­ti­ques. Une col­lec­tion amor­cée il y a cinq ans par son fon­da­teur, le jour­na­liste et homme d’affai­res espa­gnol Tatxo Benet, qui l’a entiè­re­ment finan­cée de sa poche.

S’il ne traite pas du thème à tra­vers l’ensem­ble de l’his­toire de l’art (pres­que toutes les œuvres pré­sen­tées datent des XXe et XXIe siè­cles), ce musée inter­roge jus­te­ment la per­sis­tance, et même la résur­gence aujourd’hui, des pro­blè­mes de cen­sure et d’auto­cen­sure. Les visi­teurs y trou­ve­ront ainsi des pièces ico­ni­ques, comme le sul­fu­reux Piss Christ d’Andres Serrano (1987), qui conti­nue d’enflam­mer le débat sur le blas­phème, ainsi que des pho­to­gra­phies de Robert Mapplethorpe, célè­bre pour ses nus mas­cu­lins homoé­ro­ti­ques, pour cer­tains sado­ma­so­chis­tes, des années 1970–1980, dont l’expo­si­tion pro­vo­que encore sys­té­ma­ti­que­ment des polé­mi­ques.

Également au pro­gramme, une œuvre de l’artiste chi­nois dis­si­dent Ai Weiwei (jugée trop poli­ti­que par l’entre­prise LEGO, qui a refusé de lui four­nir les bri­ques en plas­ti­que néces­sai­res à sa confec­tion), ou encore le por­trait de l’ancien pré­si­dent des États-Unis Donald Trump nu et doté d’un minus­cule pénis, qui a valu à l’artiste Illma Gore des mena­ces de procès, des refus fri­leux de plu­sieurs gale­ries et un coup de poing au visage par un mili­tant.

La col­lec­tion inclut également une œuvre de Yoshua Okón cri­ti­que de la chaîne de res­tau­rants McDonald’s, reti­rée d’une gale­rie en 2014, ainsi que des des­sins de pri­son­niers de Guantánamo, dont l’expo­si­tion décriée en 2017 avait poussé le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain à décré­ter qu’aucune œuvre ne devrait plus sortir intacte de ce camp d’inter­ne­ment.

S’y trouve aussi l’ins­tal­la­tion Silence Rouge et Bleu (2008–2014) de l’artiste franco-algé­rienne Zoulikha Bouabdellah, asso­ciant trente tapis de prière et autant de paires de chaus­su­res à talons aiguille, qui avait été reti­rée en 2015 d’une expo­si­tion à Clichy-la-Garenne suite à des plain­tes d’asso­cia­tions musul­ma­nes. Un par­cours varié que son fon­da­teur décrit comme « un triom­phe de la liberté d’expres­sion » à l’ère de la « cancel culture ».

Museu de l’Art Prohibit, 250 Carrer de la Diputació • 08007 Barcelona
www.museuart­pro­hi­bit.org

Copyright © Galerie Claude Lemand 2012.

Réalisation :: www.arterrien.com