Anne-Claire Legendre - Les mondes arabes au cœur de la modernité.

Du 1er septembre au 1er octobre - Institut du monde arabe

Anne-Claire Legendre, pré­si­dente de l’Institut du monde arabe.
Les mondes arabes au cœur de la moder­nité.

En accueillant l’Institut du monde arabe comme invité d’hon­neur, Moderne Art Fair met en lumière l’une des plus remar­qua­bles col­lec­tions d’art moderne et contem­po­rain des mondes arabes.

À tra­vers une sélec­tion d’œuvres issues de la dona­tion Claude et France Lemand, elle invite le public à décou­vrir les uni­vers de Shafic Abboud, Etel Adnan, Dia Al-Azzawi, Baya, Abdallah Benanteur, Chaouki Choukini et Manabu Kochi. À tra­vers ces sept artis­tes majeurs se des­si­nent toute la richesse, la diver­sité et l’audace de la moder­nité artis­ti­que des mondes arabes. Ils témoi­gnent de l’extra­or­di­naire vita­lité de cette créa­tion ras­sem­blée par Claude et France Lemand.

Rarement un geste de mécé­nat aura trans­formé avec une telle pro­fon­deur le destin d’un musée. Avant d’être une dona­tion, l’œuvre de Claude et France Lemand est celle de deux col­lec­tion­neurs vision­nai­res. Pendant plus de qua­rante années, ils ont accom­pa­gné les artis­tes, par­tagé leurs com­bats, porté leur regard avec exi­gence et cons­ti­tué, œuvre après œuvre, un ensem­ble aujourd’hui sans équivalent.

En choi­sis­sant de confier près de deux mille œuvres à l’Institut du monde arabe, ils n’ont pas seu­le­ment enri­chi ses col­lec­tions : ils lui ont trans­mis une res­pon­sa­bi­lité, celle de pré­ser­ver, de faire rayon­ner et de pro­lon­ger un patri­moine artis­ti­que excep­tion­nel. Par son ampleur, sa cohé­rence et son exi­gence, cet ensem­ble cons­ti­tue aujourd’hui l’un des plus pres­ti­gieux fonds consa­crés à l’art moderne et contem­po­rain des mondes arabes.

Ces artis­tes n’ont jamais cessé de dia­lo­guer avec leur temps. Nourris de leurs héri­ta­ges cultu­rels autant que des grands cou­rants de la moder­nité inter­na­tio­nale, ils ont inventé des lan­ga­ges plas­ti­ques d’une extra­or­di­naire sin­gu­la­rité. Au-delà de l’his­toire cultu­relle de leurs pays, Shafic Abboud, Etel Adnan, Dia Al-Azzawi, Baya, Abdallah Benanteur ou Chaouki Choukini occu­pent une place essen­tielle dans l’his­toire uni­ver­selle de l’art, qui trop long­temps les a méconnus.

Cette reconnais­sance s’affirme aujourd’hui avec force. Ces œuvres sont désor­mais régu­liè­re­ment sol­li­ci­tées par les plus gran­des ins­ti­tu­tions inter­na­tio­na­les : le Grand Palais, le Museum of Modern Art de New York, la Tate, les Franciscaines de Deauville, le musée Cantini de Marseille et bien d’autres encore. Ce rayon­ne­ment confirme la place désor­mais incontour­na­ble de ces artis­tes dans les gran­des expo­si­tions et les col­lec­tions publi­ques consa­crées à la moder­nité.

Pour l’Institut du monde arabe, ce legs repré­sente bien davan­tage qu’un enri­chis­se­ment de ses col­lec­tions : il cons­ti­tue le socle d’un nou­veau projet muséal. Dès ma nomi­na­tion à la pré­si­dence de l’Institut, j’ai relancé le projet d’une réno­va­tion com­plète de son musée afin qu’il retrouve plei­ne­ment sa voca­tion : raconter les mondes arabes dans la conti­nuité de leur his­toire, depuis les gran­des civi­li­sa­tions qui les ont façon­nés jusqu’à la créa­tion la plus contem­po­raine.

Le futur musée offrira ainsi un dia­lo­gue per­ma­nent entre patri­moine et créa­tion. Les chefs-d’œuvre de la dona­tion Claude et France Lemand y trou­ve­ront toute leur place, non comme un simple pro­lon­ge­ment du par­cours his­to­ri­que, mais comme l’expres­sion vivante de civi­li­sa­tions qui n’ont jamais cessé de créer, d’inven­ter et de nour­rir le monde. Cette col­lec­tion trou­vera enfin l’écrin qu’elle mérite : un musée pro­fon­dé­ment renou­velé, plus ouvert, plus lisi­ble, plus immer­sif et plei­ne­ment à la mesure de son ambi­tion scien­ti­fi­que, artis­ti­que et cultu­relle.

Parce qu’un musée est aussi un lieu de trans­mis­sion, cette réno­va­tion accor­dera une atten­tion par­ti­cu­lière à tous les publics, et notam­ment aux jeunes géné­ra­tions. Comprendre les mondes arabes, c’est aussi décou­vrir la richesse de leurs ima­gi­nai­res, la diver­sité de leurs expres­sions artis­ti­ques et leur contri­bu­tion essen­tielle à la créa­tion uni­ver­selle. L’Institut du monde arabe entend porter cette ambi­tion bien au-delà de ses murs, en déve­lop­pant des par­te­na­riats, des prêts, des expo­si­tions iti­né­ran­tes et une pré­sence tou­jours plus forte sur l’ensem­ble du ter­ri­toire comme à l’inter­na­tio­nal.

Mais un grand musée ne sau­rait seu­le­ment conser­ver ; il doit aussi accom­pa­gner la créa­tion de son temps. C’est dans cet esprit que l’Institut du monde arabe lan­cera, dès cet automne, son Prix de l’art contem­po­rain. Il per­met­tra de révé­ler de nou­veaux talents, de sou­te­nir les artis­tes émergents et d’enri­chir pro­gres­si­ve­ment les col­lec­tions, afin que le musée reste ce lieu vivant, en dia­lo­gue cons­tant avec les scènes artis­ti­ques du monde arabe et de leurs dia­spo­ras.

Grâce à la dona­tion Lemand et à ce projet de réno­va­tion, notre musée est appelé à deve­nir l’une des gran­des réfé­ren­ces inter­na­tio­na­les pour l’art moderne et contem­po­rain des mondes arabes. La Moderne Art Fair en offre aujourd’hui une pre­mière illus­tra­tion éclatante.

En choi­sis­sant de confier à l’Institut du monde arabe bien davan­tage qu’un ensem­ble d’œuvres - une vision, un enga­ge­ment et une confiance -, Claude et France Lemand ont ouvert un hori­zon nou­veau. Il nous appar­tient désor­mais de faire vivre cet héri­tage, de l’enri­chir et de le trans­met­tre, afin que les artis­tes des mondes arabes occu­pent dura­ble­ment la place qui leur revient dans le récit uni­ver­sel de l’his­toire de l’art.

Copyright © Galerie Claude Lemand 2012.

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