Abdallah BENANTEUR - ALGERIE MON AMOUR - Exposition.

Du 21 juillet au 28 août - Institut du monde arabe

  • BENANTEUR, Le Hoggar.

    Le Hoggar, 1960. Huile sur toile, 100 x 200 cm. Monographie page 30. Donation Claude & France Lemand. Musée, Institut du monde arabe, Paris. © Succession Abdallah Benanteur. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

  • BENANTEUR, Le Bois d’Amour.

    Le Bois d'Amour, 1981. Huile sur toile, 130 x 97 cm. Donation Claude et France Lemand. Musée, Institut du monde arabe, Paris. Copyright Succession Abdallah Benanteur. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

Abdallah BENANTEUR (Algérie, 1931 - France, 2017).

(D’après Claude Lemand)

Imprégné de la culture arabe de son Algérie natale, de la grande pein­ture euro­péenne des musées de France et d’Europe, des arts gra­phi­ques et des manus­crits d’Europe, d’Orient et d’Extrême-Orient, nourri par l’ima­gi­naire des poètes du monde entier dont il était devenu un fin connais­seur, Benanteur a su créer des œuvres per­son­nel­les, des pay­sa­ges poé­ti­ques bai­gnés par la lumière, bien réelle, de sa Méditerranée natale et de sa Bretagne d’adop­tion, et par une lumière trans­cen­dan­tale, « ni orien­tale ni occi­den­tale », qui trans­fi­gure les pay­sa­ges de la mémoire en des para­dis peu­plés de ses chers Elus.

L’œuvre de Benanteur est le reflet d’une vision idéa­liste et huma­niste, issue de trois concep­tions du monde qui l’ont suc­ces­si­ve­ment influencé et dont il a inté­gré pro­fon­dé­ment les caté­go­ries, car elles cor­res­pon­daient à son idéal humain, esthé­ti­que et social : le sou­fisme de son enfance à Mostaganem (priè­res et poèmes mys­ti­ques psal­mo­diés en arabe, pro­ces­sions à l’occa­sion de cer­tai­nes fêtes reli­gieu­ses, livres enlu­mi­nés et appren­tis­sage de la cal­li­gra­phie arabe), un com­mu­nisme uto­piste et paci­fiste qui l’a marqué durant les années 1950 et 1960 en France, tous deux pro­ches du boud­dhisme de cet Extrême-Orient dont il connais­sait si bien et admi­rait tant les poètes et les pein­tres (sagesse, poésie et pein­ture : pay­sage idéal et place modeste et har­mo­nieuse de l’homme dans la nature). Persuadé d’être né au mau­vais moment, Benanteur aurait aimé vivre et tra­vailler dans un pays et à une époque où cet idéal humain, esthé­ti­que et social, exis­tait encore : la fin du Moyen Âge euro­péen ou l’apogée de la civi­li­sa­tion arabo-anda­louse.

- Abdallah Benanteur, Le Hoggar, 1960. Huile sur toile, 100 x 200 cm. © Donation Claude et France Lemand. Musée de l’IMA.
Benanteur n’était pas pour la lutte armée, mais pour la résis­tance paci­fi­que et le témoi­gnage, à l’image du Mahatma Gandhi qu’il avait érigé en modèle. En 1958, il apprend la mort au combat dans le maquis de son frère cadet Charef. Il est choqué et sus­pend toute acti­vité artis­ti­que. Quand il se remet à pein­dre en 1959, sa pein­ture change radi­ca­le­ment de style, de tech­ni­que, de format et de thé­ma­ti­que. Durant deux années d’intense acti­vité, il pro­duit un ensem­ble cohé­rent et puis­sant. Sa pein­ture devient pay­sa­giste, matié­riste et mono­chrome, avec une tech­ni­que impres­sion­niste faite de mil­liers de tou­ches accu­mu­lées avec un pin­ceau fin. Le dessin qui cer­nait ses formes et ses aplats dis­pa­raît et la com­po­si­tion devient linéaire, hori­zon­tale et répé­ti­tive. C’est sa « période du désert » : la terre algé­rienne comme sym­bole de la dou­leur (rouge, aride, bles­sée), de la résis­tance et d’une iden­tité que la colo­ni­sa­tion a tou­jours cher­ché à arra­cher. L’his­to­rien d’art Raoul-Jean Moulin dira de ces pay­sa­ges de la période du désert qu’ils sont comme le por­trait de son frère et de l’Algérie mar­ty­ri­sés et peut-être même comme des auto­por­traits du pein­tre lui-même.

- Abdallah Benanteur, Le Bois d’Amour, 1981. Huile sur toile, 130 x 97 cm. © Donation Claude et France Lemand. Musée de l’IMA.
Souvenir du Bois d’Amour de Pont-Aven, haut lieu d’ins­pi­ra­tion des pein­tres, cette pein­ture vient clô­tu­rer la longue période bre­tonne d’Abdallah Benanteur et annon­cer sa période ita­lienne (1982-89). Plus à l’aise finan­ciè­re­ment, les Benanteur pas­se­ront désor­mais leurs vacan­ces d’été dans tous les pays d’Europe riches en musée. Le Bois d’amour est réa­lisé par un pein­tre libéré des images néga­ti­ves de son Algérie natale et de l’obses­sion mor­bide de sa mère malade et morte. Sur la toile, elle se joint aux autres Algériennes décé­dées, elles-mêmes mères de mar­tyrs, et toutes mar­chent vers le Bois d’amour, qui est un cime­tière vert et beau, le para­dis des élus. Hommage à la Bretagne, qui a repré­senté pour lui une Algérie apai­sée et ins­pi­ra­trice. Dans sa tech­ni­que lisse, et sur­tout dans sa thé­ma­ti­que de l’uni­vers des morts, cette pein­ture est un hom­mage aux pein­tres sym­bo­lis­tes qu’il admi­rait. Elle annonce celles des années 1984-89 (Ma mère a vu, Le Départ de Halouma, Les Elus,…), dans les­quel­les il repré­sen­tera sa mère et son frère en com­pa­gnie d’autres morts, figu­res subli­mées et idéa­li­sées, flot­tant dans un pay­sage idyl­li­que, un para­dis ter­res­tre-céleste.

- Abdallah Benanteur, Poésie, 1962. Livre en feuilles, 92 pages, 38 x 28 cm. Poèmes de Jean Sénac, illus­trés de 10 gra­vu­res de Benanteur. Tirage à 50 ex. Collection Bernard Duvivier. Présentation de Monique Boucher : « Cet ouvrage, dû à l’indé­pen­dance vécue de Sénac et au silence ardent de Benanteur, a été une quête sans cesse arra­chée à la pré­ca­rité. Ce sera la sen­si­ble méta­mor­phose de raci­nes oubliées. ». Ce pre­mier livre d’artiste, réa­lisé à Paris par deux amis algé­riens, pour annon­cer la pro­chaine indé­pen­dance de leur pays, sera exposé à la Bibliothèque natio­nale d’Alger en décem­bre 1962. Conférence de presse par son admi­nis­tra­teur M. Mahmoud Bouayed. Cérémonie offi­cielle d’inau­gu­ra­tion le 15 décem­bre, en pré­sence du minis­tre de l’Education natio­nale et de nom­breu­ses per­son­na­li­tés.

- Abdallah Benanteur, A Jamila Bouhired, 2001. Livre unique en feuilles, 88 pages, 32,5 x 42 cm. Poème de Badr Shaker Al-Sayyab, manus­crit par l’artiste sur empreinte et orné de 27 aqua­rel­les et 4 cro­quis. Donation Claude et France Lemand. Musée de l’IMA.
Typographe, maquet­tiste et gra­veur de génie, Abdallah Benanteur conçoit et réa­lise entiè­re­ment ses livres, le tra­vail du papier comme le tirage de toutes les épreuves sur sa presse à bras. De 1961 à 1994, il a créé cent livres de biblio­phi­lie, sur des poèmes anciens et contem­po­rains, d’Orient et d’Occident. L’eau-forte sera sa tech­ni­que pri­vi­lé­giée, sur ardoise, plomb et lino, puis sur cuivre et zinc. A partir de 1994, Benanteur crée un ensem­ble impres­sion­nant de plus de 1300 livres uni­ques, sur des textes de plus de 300 poètes du monde entier, en langue ori­gi­nale, tra­duits en fran­çais ou en édition bilin­gue. Il a varié à sou­hait les for­mats, la mise en page, le papier, le texte et les tech­ni­ques d’illus­tra­tion.

Copyright © Galerie Claude Lemand 2012.

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