YOUSSEF ABDELKE, OEUVRES RECENTES .

Du 3 avril au 3 mai 2014 - Galerie Claude Lemand

  • Abdelké, Coeur transpercé

    Coeur transpercé, 2012. Fusain sur papier, 150 x 200 cm. Collection privée. © Youssef Abdelke. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

  • Abdelké, Saint Jean Chrysostome à Damas ...

    Saint Jean Chrysostome à Damas ..., 2013. Fusain sur papier, 150 x 200 cm. © Youssef Abdelke. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

  • Abdelké, Oiseau et Damier

    Oiseau et Damier, 2012. Fusain sur papier sur bois, 149 x 146 cm. © Youssef Abdelke. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

  • Abdelké, Crâne et Papillon

    Crâne et Papillon, 2012. Fusain sur papier sur bois, 150 x 150 cm. © Youssef Abdelke. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

  • Abdelké, Crâne ligoté.

    Crâne ligoté, 2007. Fusain sur papier, 107 x 147 cm. Collection privée. © Youssef Abdelke. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

Youssef Abdelkké par Claude Lemand.


Youssef Abdelké est l’un des rares artis­tes arabes expres­sion­nis­tes et sans doute le meilleur. La gale­rie Claude Lemand, qui le repré­sente en France depuis 2001, lui avait consa­cré 2 expo­si­tions per­son­nel­les : Pastels et Fusains (1989-2002) en 2002, et Fusains récents en 2010. Elle montre en 2014 ses Oeuvres récen­tes à Art Paris Art Fair (Grand Palais, 26-30 mars) et au 16 rue Littré (3 avril-3 mai). Les puis­­san­­tes œuvres expres­­sion­­nis­­tes de Youssef Abdelké sont dans de nom­­breux musées et ins­­ti­­tu­­tions, notam­­ment le British Museum, l’Institut du monde arabe, le Musée du Koweit, le Mathaf de Doha, le Musée de Amman, ...

Né à Qamechli (Syrie) en 1951. Diplômé de la Faculté des Beaux-Arts de Damas en 1976. Diplômé de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris en 1986. Doctorat en Arts Plastiques, Université Paris VIII, 1989. Il a vécu et tra­­vaillé à Paris de 1981 à 2005. Après 25 ans d’exil forcé et d’inter­­­dic­­­tion de ren­­­trer en Syrie, il eut la pos­­­si­­­bi­­­lité de reve­nir à Damas en 2005 et d’y orga­­­ni­­­ser une expo­­­si­­­tion-mani­feste pour la liberté qui a eu un grand ren­ten­tis­se­ment régio­nal. En 2010, les auto­­ri­­tés syrien­­nes lui ont à nou­­veau retiré son pas­­­se­­­port, lui inter­­di­­sant de quit­­ter le pays et de se rendre même en France où habi­­­tent sa femme et sa fille. Arrêté en Juillet 2013, il a été libéré suite à une cam­pa­gne inter­na­tio­nale, puis auto­risé à se dépla­cer à l’étranger.
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Youssef Abdelké par Alain Jouffroy.


Grand obser­­va­­teur du phé­­no­­mène vivant, gra­­veur précis, rigou­­reux, métho­­di­­que, mais aussi poète en images, Abdelké a repré­­senté d’abord des grou­­pes humains aux têtes mas­­quées, des acteurs en quête d’auteur, comme les per­­son­­na­­ges de Pirandello. Il les ins­­cri­­vait dans la nuit, une nuit ter­­ri­­ble­­ment téné­­breuse, où la mort et les mons­­tres étaient omni­­pré­­sents. Ce fut sa "comé­­die humaine", une comé­­die tra­­gi­­que, d’où le gro­­tes­­que n’était jamais exclu. Peu à peu, les hommes ont dis­­paru, et des ani­­maux, des plan­­tes ont surgi de la même nuit. Leur pré­­sence est si pré­­gnante qu’on croit les tou­­cher, les cares­­ser des yeux. Aucun hyper­­­réa­­lisme là-dedans, ni même de "réa­­lisme ", au sens tra­­di­­tion­­nel de ce mot : tout se passe comme s’il réin­­ven­­tait, à chaque trait, la nature, une sorte d’ency­­clo­­pé­­die, faite avec soin et au ralenti, des phé­­no­­mè­­nes natu­­rels.

L’acuité de sa vision est telle qu’on se réveille comme d’un rêve en les regar­­dant. Comme si on n’avait jamais vrai­­ment vu, vu en pro­­fon­­deur et en relief, ce qu’est un simple pois­­son. Abdelké entre dans le crâne, ou dans le pois­­son, ou dans un sou­­lier de femme, comme Michaux "entrait" dans une pomme. Il a peut-être dépecé le pois­­son, avant de le recons­­ti­­tuer. Il ne "repré­­sente" donc jamais le pois­­son, le sou­­lier de femme ou le crâne de boeuf : il les res­­sus­­cite. Tel est son pou­­voir de fas­­ci­­na­­tion : tout est voué à mourir et à dis­­pa­­raî­­tre, mais tout peut être sauvé, comme d’un déluge. Chaque phé­­no­­mène vivant est un mira­­cle maté­­riel, un trésor et une énigme. Ah la sur­­prise que ça fait, quand on le redé­­cou­­vre ! Je ne sais pas com­­ment il se débrouille pour y par­­ve­­nir. L’obser­­va­­tion, l’atten­­tion la plus extrême n’y suf­­fi­­sent pas. Tout se passe comme s’il vou­­lait réin­­ven­­ter le monde, et le pré­­ser­­ver défi­­ni­­ti­­ve­­ment de l’offense, de l’indif­­fé­­rence et de l’oubli. Comme si, mort lui-même devant le crâne de boeuf, il vou­­lait que tous les phé­­no­­mè­­nes vivants le rem­­pla­­cent, lui, le gra­­veur syrien. Non, ce n’est pas " Abdelké " qui l’inté­­resse, c’est tout ce qui n’est pas Abdelké, tout ce qui sur­­vi­­vra à Abdelké, tout ce qui dépasse de loin, de très loin, Abdelké.

Beaudelaire, j’en suis cer­­tain, aurait été émerveillé par ses gra­­vu­­res, leur aurait consa­­cré des poèmes et des textes fer­­vents, enthou­­sias­­tes. Il y aura tou­­jours du jour, et tou­­jours de la nuit, tou­­jours de la lumière, au moins encore pen­­dant quel­­ques mil­­liards d’années, et tou­­jours de l’obs­­cu­­rité. Et c’est dans cette lumière, c’est dans cette obs­­cu­­rité éternelle qu’Abdelké tra­­vaille, comme à la lueur d’une bougie, d’une simple petite bougie, vacillante dans son bou­­geoir. Quand il par­­vient à ce résul­­tat, que j’appelle résur­­rec­­tion, il sourit, il est content, il s’arrête, pose son burin : pas la peine d’en rajou­­ter. Ca vit, ou ça ne vit pas. Ca surgit, ça resur­­git, ou ça ne resur­­git pas. Toute la ques­­tion de l’art est là. D’ailleurs, le mot "art " est ina­­dé­­quat. Il ne s’agit pas d’art, mais de la méta­­mor­­phose de la mort en exis­­tence vivante. Le pois­­son d’Abdelké n’est pas un pois­­son : c’est une flèche, un rayon­­ne­­ment, une res­­pi­­ra­­tion, un appel chu­­choté à la vie. Mais c’est aussi un pois­­son, je ne sais pas, moi : un saumon, une sar­­dine, un bro­­chet. Mais il vole comme un oiseau dans la nuit où nous revoici plon­­gés. Dans un grand fusain sur toile, il a des­­siné une tête de pois­­son dans une boîte, et cette tête énorme nous regarde, comme si l’image de la mort était encore plus vivante, pour Abdelké, que celle de la vie.

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