Claude Aveline et son siècle (1901-1992).

Du 2 au 4 mai - Musée. Institut du monde arabe.

  • Ossip Zadkine, Buste de Claude Aveline

    Buste de Claude Aveline, 1967. Bronze, 72 x 50 x 37 cm. Collections du Musée Zadkine, Paris.

CLAUDE AVELINE ET SON SIECLE (Paris, 1901-1992).
Claude Lemand

Ecrivain fran­çais, né à Paris en 1901, de parents immi­grés russes. Malgré une santé fra­gile, Claude Aveline est un homme de let­tres pro­li­fi­que : poèmes, romans, confé­ren­ces, récits, pas­ti­ches, contes et nou­vel­les fan­tas­ti­ques, théâ­tre et pièces radio­pho­ni­ques, arti­cles de presse, chro­ni­ques ciné­ma­to­gra­phi­ques, essais, mémoi­res et des Histoires pour enfants.

En 1919, il fait la connais­sance d’Anatole France, dont il devient le secré­taire et le dis­ci­ple. Après sa mort en 1924, il ne ces­sera de servir son œuvre et sa mémoire. Il sera proche aussi du pein­tre-litho­gra­phe Steinlen et du sculp­teur Antoine Bourdelle. Après 1945, Claude Aveline entre­tien­dra des rela­tions ami­ca­les avec Ossip Zadkine et de nom­breux autres artis­tes.

Malade, il séjourne pen­dant 4 ans à Font-Romeu, où il ren­contre le cinéaste Jean Vigo, qu’il sou­tien­dra jusqu’à sa mort en 1934. Il sera le tuteur de sa fille Luce et fon­dera en 1951 le Prix Jean Vigo, qui récom­pense chaque année un jeune réa­li­sa­teur pour l’indé­pen­dance de son esprit et la qua­lité de sa réa­li­sa­tionl. Il pré­si­dera le jury durant 25 ans.

Claude Aveline est une per­son­na­lité impor­tante de la vie lit­té­raire et artis­ti­que pari­sienne dans les années 30. A partir de 1933, il prend le parti des clas­ses labo­rieu­ses, écrivain proche du Front Populaire, comme de nom­breux autres intel­lec­tuels fran­çais de sa géné­ra­tion. Il s’engage contre les fas­cis­mes en Europe et pour l’Espagne répu­bli­caine. Il publie en 1936 son roman Le Prisonnier. Ecrit dans une langue sobre et claire, le récit à la pre­mière per­sonne est hale­tant et effi­cace. Le succès popu­laire est immé­diat.

Passionné de cinéma, il est le cofon­da­teur de Ciné-Liberté et publie régu­liè­re­ment une chro­ni­que ciné­ma­to­gra­phi­que. Durant ces années d’intense acti­vité, Claude Aveline a été le cofon­da­teur de la Maison de la Culture de Paris (lieu d’ani­ma­tions et de débats dans tous les domai­nes de la culture). Il est envoyé en 1937 faire des confé­ren­ces dans diver­ses villes de France, en Tunisie et à Alger, où il a inau­guré la nou­velle Maison de la Culture. Le jeune et futur écrivain Albert Camus, secré­taire géné­ral de cette Maison, pré­sente Claude Aveline à la Radio et devant l’audi­toire. Il est inté­res­sant de com­pa­rer L’Etranger de Camus (1942) avec Le Prisonnier d’Aveline (1936).

Claude Aveline fut un résis­tant de la pre­mière heure, d’abord parmi les intel­lec­tuels du réseau du Musée de l’Homme, puis dans la clan­des­ti­nité, à Lyon et ses envi­rons. Il publiera en 1944 aux Editions de Minuit, sous le pseu­do­nyme de Minervois, Le Temps Mort, un récit poi­gnant et admi­ra­ble et, 25 années plus tard, Monologue pour un Disparu, poème de révolte à la mémoire de son ami Jacques Lion, arrêté par la Gestapo à Lyon et mort en dépor­ta­tion.

En 1948, Claude Aveline est l’un des pre­miers intel­lec­tuels fran­çais à se rendre en Yougoslavie, malgré les pres­sions exer­cées par le Parti com­mu­niste fran­çais, dont il s’éloigne défi­ni­ti­ve­ment. A son retour, il publie ses réflexions et le récit de ses ren­contres avec les intel­lec­tuels et les mili­tants titis­tes. Il devient le pré­si­dent des Amitiés France-Yougoslavie. Dans les années 1960-1970, son Portrait de l’Oiseau-Qui-N’Existe-Pas est tra­duit dans les diver­ses lan­gues de la Yougoslavie, ses prin­ci­paux livres tra­duits et publiés à Belgrade et à Zagreb. En 1973 et 1976, Ljubljana, Zagreb puis Belgrade consa­crent des expo­si­tions per­son­nel­les à ses « pein­tu­res aux feu­tres », œuvres réa­li­sées par Aveline à partir de 1968 : « Je me plais au jeu des lignes, comme je me plais au jeu des mots », alors qu’il les mêle en fai­sant dia­lo­guer l’image et le titre, sou­vent humo­ris­ti­que, véri­ta­ble « petit poème en soi ».

Claude Aveline est aussi l’auteur de livres pour enfants et de réflexions sur l’éducation et la culture pour tous. Il reçoit en 1952 le Grand Prix de la Société des Gens de Lettres pour l’ensem­ble de son œuvre. Il est membre du Conseil exé­cu­tif de la Société Européenne de Culture, fondée à Venise en 1950 et qui, en pleine guerre froide, a pour mis­sion d’ins­tau­rer le dia­lo­gue entre les peu­ples. Il se tourne alors vers l’art radio­pho­ni­que, dont il devient l’un des plus éminents repré­sen­tants (Le bes­tiaire inat­tendu et C’est vrai, mais il ne faut pas le croire qui lui vaut le Prix Italia). Il pour­suit ses expé­rien­ces et ses créa­tions pour la radio et, en 1976, la Société des auteurs dra­ma­ti­ques lui décerne son Prix de la Radio. Il reçoit en 1986 le prix inter­na­tio­nal de la Société Européenne de Culture pour l’ensem­ble d’une œuvre « ayant contri­bué par son action de poli­ti­que de la culture à pro­mou­voir la soli­da­rité entre les peu­ples ».

Le roman­cier, chro­ni­queur et homme de let­tres a connu des heures de gloire et de grande créa­ti­vité lit­té­raire de 1933 à 1944 et de 1945 à 1968. Dans une langue clas­si­que admi­ra­ble, il a écrit des romans dont cinq poli­ciers, deux récits de voya­ges, plu­sieurs essais, un recueil de nou­vel­les étranges, des his­toi­res pour enfants, des poèmes et de très nom­breu­ses chro­ni­ques.

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