SEGUÍ, LA PEINTURE EN MIROIRS.

Du 23 février au 22 mai 2016 - Musée de l'Hospice Saint-Roch - ISSOUDUN

  • SEGUI, Gravure, L’Ange.

    L'Ange, 2005. Gravure au carborundum, 55 x 71 cm. Signée et numérotée. Edition de 20. Donation Claude & France Lemand. Musée, Institut du monde arabe, Paris. © Antonio Seguí. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

SEGUÍ, LA PEINTURE EN MIROIRS.

Exposition au musée de l’Hospice Saint-Roch à Issoudun.
Du 27 février au 22 mai 2016

Le musée de l’Hospice Saint-Roch d’Issoudun met à l’hon­neur l’artiste argen­tin Antonio Seguí (né en 1934 à Córdoba) à tra­vers son oeuvre gravé, « sa pein­ture en miroirs », depuis ses pre­miè­res estam­pes des années 50 jusqu’à ses der­niè­res gra­vu­res au car­bo­run­dum réa­li­sées en 2015. Antonio Seguí s’est dis­tin­gué dans le domaine de l’estampe, obte­nant plu­sieurs prix dès 1957, pra­ti­que qui a contri­bué à sa noto­riété et qu’il pour­suit régu­liè­re­ment depuis.
La sélec­tion des oeu­vres révèle à tra­vers un par­cours chro­no­lo­gi­que plus d’une cen­taine d’estam­pes mon­trant l’étendue de son oeuvre et la diver­sité des tech­ni­ques étudiées : litho­gra­phie, mono­type, eau-forte, xylo­gra­phie, pho­to­li­tho­gra­phie, lino­gra­vure, séri­gra­phie, gra­vure au car­bo­run­dum, au regard d’un ensem­ble de pein­tu­res.
L’expo­si­tion du musée d’Issoudun est la plus impor­tante rétros­pec­tive de l’oeuvre gravé depuis l’expo­si­tion iti­né­rante orga­ni­sée en Argentine en 1984, les expo­si­tions pré­sen­tées au Centre de la Gravure et de l’Image impri­mée à la Louvière en 1989, à Porto Rico en 1993, ou l’expo­si­tion de la dona­tion d’Antonio Seguí au Museo de Arte Moderno à Buenos Aires en 2001.

Des bons­hom­mes coif­fés d’un cha­peau, dans toutes les posi­tions, par­fois mélan­gés avec des cons­truc­tions. On pour­rait faci­le­ment limi­ter le tra­vail d’Antonio Seguí à ses per­son­na­ges a priori com­plè­te­ment banals perdus dans leur quo­ti­dien. Mais der­rière l’aspect répé­ti­tif de ces petits hommes se cache une atten­tion impres­sion­nante accor­dée aux détails. Silhouette ano­nyme en mou­ve­ments, il la met en scène seule ou dans un brou­haha urbain, dans des situa­tions tra­gi­ques ou cocas­ses. Il réduit ainsi avec ironie l’Homme à son com­por­te­ment social. Il fait vivre sur un fond d’agi­ta­tion urbaine, un monde coloré et gra­phi­que qui semble surgir de l’uni­vers de la bande des­si­née.
Le musée d’Issoudun pré­sente quel­ques litho­gra­phies de sa col­lec­tion acqui­ses auprès de l’Atelier Pons, avec lequel Seguí a tra­vaillé dans les années 60. L’expo­si­tion béné­fi­cie également de prêts de la Galerie Claude Bernard, de la Galerie Jeanne Bucher Jaeger à Paris, ainsi que de la Galerie Patrick Derom à Bruxelles.

Commissariat de l’expo­si­tion :
- Daniel Abadie est his­to­rien de l’art. Il a été conser­va­teur au Musée natio­nal d’art moderne et direc­teur du musée du Jeu de Paume, com­mis­saire de nom­breu­ses expo­si­tions. Il est l’auteur de livres et de cata­lo­gues d’expo­si­tion dont « Antonio Seguí », la mono­gra­phie de réfé­rence publiée en 2010 aux éditions Hazan.
- Patrice Moreau est conser­va­teur au Musée de l’Hospice Saint-Roch.

Publication : Antonio Seguí, la pein­ture en miroirs.
Textes de Daniel Abadie
Format : 17 x 24 cm. 79 pages.
Edition du Musée de l’Hospice Saint-Roch d’Issoudun, 2016.
EAN 978-291-178-03-56

EXTRAIT DU CATALOGUE. Texte de Daniel Abadie, 2015.

(…) On pour­rait s’étonner que, au début de son oeuvre, Seguí ait, entre 1958 et 1960, réa­lisé un cycle de gra­vu­res uni­ment appe­lées Hommage à Constantin Guys. Le jeune pein­tre de vingt-quatre ans témoi­gne en effet d’une expé­rience peu com­mune pour un artiste de cet âge. Ses études, il les a faites natu­rel­le­ment d’abord à Córdoba, sa ville natale, avant de les pour­sui­vre en Espagne à l’Academia San Fernando de Madrid puis à l’École des Beaux-Arts de Paris. Il a déjà, en voi­ture, tra­versé tout le conti­nent Sud-amé­ri­cain, de l’Argentine au Mexique, étudiant les civi­li­sa­tions pré­co­lom­bien­nes et expo­sant ses oeu­vres au fil des villes tra­ver­sées. Dans ces condi­tions, le nom de Constantin Guys, si lié au XIXème siècle pari­sien, pour­rait sur­pren­dre si l’on ne se sou­ve­nait de la pré­sen­ta­tion qu’en fait Baudelaire dans Le Peintre de la vie moderne : « un homme pos­sé­dant à chaque minute le génie de l’enfance, c’est-à-dire un génie pour lequel aucun aspect de la vie n’est émoussé. »
En effet, ce que Seguí voit dans les des­sins de Guys, c’est ce qu’il admire aussi dans la pein­ture de Daumier : une capa­cité à saisir son époque, à en donner une lec­ture à la fois sar­cas­ti­que et tendre par le biais d’une pos­ture, d’un vête­ment… Toutes choses qu’il ne va pas tarder à mettre en oeuvre dans les por­traits de la société de son pays natal, déve­lop­pant tour à tour la saga de l’ima­gi­naire (Doña Felicitas Naón et de ses incroya­bles coif­fu­res) ou les sinis­tres figu­res des gens de pou­voir : prê­tres, juges et mili­tai­res... de l’époque péro­niste.
(…) La dimen­sion poli­ti­que, jusqu’aux années 1970 est une com­po­sante majeure du tra­vail de Seguí.
(…) Comme si le vent s’apprê­tait à tout balayer, le mou­ve­ment est cons­tant dans chaque estampe : on y marche, on allonge le pas, on tra­verse les villes… Il arrive que cer­tains n’aient plus qu’une tête ou un buste, fiché sur un plot de bois : figu­res d’échecs mani­pu­lés par des joueurs invi­si­bles. On obéit à ce (à ceux ?) que l’on ne voit pas… Même seul sur un bateau perdu dans la mer, on rame avec force. Il n’est rien qui semble échapper à cette force d’attrac­tion, jusqu’aux cra­va­tes des hommes qui se redres­sent comme pour arri­ver plus vite. Cette course au néant, c’est la dou­blure sombre du tra­vail de Seguí : à bien y regar­der toutes ses images sont à double sens.
Apparue en 2002 dans son tra­vail, la gra­vure au car­bo­run­dum, avec le trait plus épais que pro­dui­sent les grains de car­bure de sili­cium, a été pour Seguí l’occa­sion de repren­dre la thé­ma­ti­que de ses gra­vu­res pré­cé­den­tes et d’en pro­duire une lec­ture dif­fé­rente, comme pour mon­trer, une fois encore, que dans son oeuvre si c’est - comme il l’indi­quait dans ses pein­tu­res - au spec­ta­teur de faire (ou de croire qu’il fait) l’his­toire, c’est en fait, tou­jours, le pein­tre qui tire les ficel­les.

Copyright © Galerie Claude Lemand 2012.

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