Denis MARTINEZ - ALGERIE MON AMOUR - Exposition.

Du 24 juin au 10 juillet - Institut du monde arabe

  • MARTINEZ, Porte de l’Illumination.

    Porte de l'Illumination, 1991. Acrylique sur toile, 200 x 200 cm. Donation Claude et France Lemand 2019. Musée, Institut du monde arabe, Paris. © Denis Martinez. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

  • MARTINEZ, ANZAR, le Prince berbère de la Pluie.

    ANZAR, le Prince berbère de la Pluie, 2001. Acrylique sur toile, 200 x 300 cm. Donation Claude et France Lemand 2019. Musée, Institut du monde arabe, Paris. © Denis Martinez. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

  • MARTINEZ, Moula Moula, Oiseau porte bonheur du désert.

    Moula Moula, Oiseau porte bonheur du désert, 1992. Acrylique sur toile, 200 x 200 cm. Collection Claude et France Lemand. © Denis Martinez. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

  • MARTINEZ, D’un linceul à l’autre.

    D'un linceul à l'autre, 1999. Acrylique sur toile, 200 x 300 cm. Collection Claude et France Lemand. © Denis Martinez. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

  • MARTINEZ, Aghonja ramène la raison devant chaque porte 1.

    Aghonja ramène la raison devant chaque porte 1. Performance à Marseille en 2003. Copyright photo Dominique Devigne.

  • MARTINEZ, Aghonja ramène la raison devant chaque porte 2.

    Aghonja ramène la raison devant chaque porte 2. Performance à Marseille en 2003. Copyright photo Dominique Devigne.

Denis MARTINEZ. Un destin algé­rien - ALGERIE MON AMOUR - Exposition.

(D’après Anissa Bouayed)

Né en 1941 en Oranie, Denis Martinez concen­tre dans les dif­fé­rents pris­mes de sa créa­tion, qui court sur plus de soixante ans, l’his­toire artis­ti­que de l’Algérie contem­po­raine, et l’Histoire tout court : issu d’une famille modeste d’ori­gine espa­gnole, il choi­sira, après 1962, l’Algérie indé­pen­dante comme patrie. Professeur de dessin à l’Ecole des beaux-arts d’Alger dès l’âge de 21 ans, pas­seur et péda­go­gue auprès de deux géné­ra­tions de jeunes artis­tes algé­riens en for­ma­tion, il est l’ini­tia­teur en 1967, avec Choukri Mesli, du groupe Aouchem (Tatouages en arabe), prô­nant un art à la fois pro­fon­dé­ment enra­ciné dans la tra­di­tion algé­rienne et tout de moder­nité et de liberté d’expres­sion. Pilier de la vie artis­ti­que de la jeune Algérie indé­pen­dante, son œuvre est l’objet d’une rétros­pec­tive au Musée d’Alger en 1985. Contraint à l’exil en 1994, pen­dant les années noires, il s’ins­talle à Marseille et ensei­gne à l’École supé­rieure d’art d’Aix-en-Provence. L’artiste par­tage désor­mais sa vie entre la France et l’Algérie.

L’œuvre de Denis Martinez a pu être rap­pro­chée de celle des sur­réa­lis­tes ou des dadaïs­tes, l’artiste reven­di­quant plutôt son goût pour les arts popu­lai­res ; mais c’est peut-être le carac­tère réso­lu­ment « pri­mi­tif » qui défi­ni­rait le mieux son tra­vail, dans sa volonté cons­tante de briser les limi­tes tra­di­tion­nel­les de la pein­ture. Assemblages, des­sins ver­ti­gi­neux de vir­tuo­sité, pein­ture dans tous ses états et sur tous les sup­ports, - de la toile aux murs, de l’inté­rieur à l’exté­rieur, sans oublier ses ins­tal­la­tions et ses fameu­ses per­for­man­ces. Au fil d’une tra­jec­toire artis­ti­que unique, alliant riche voca­bu­laire formel et trait ini­mi­ta­ble, ce pro­mo­teur de la poly­pho­nie des arts aura laissé libre court à la décons­truc­tion des codes et à son goût, si rare dans le monde de l’art, pour le tra­vail col­lec­tif.

- Denis Martinez, Porte de l’illu­mi­na­tion, 1991. Acrylique sur toile, 200 x 200 cm. © Donation Claude et France Lemand. Musée de l’IMA.
- Denis Martinez, Anzar (le prince ber­bère de la pluie), 2001. Acrylique sur toile, 200 x 300 cm. © Donation Claude et France Lemand. Musée de l’IMA.

Deux œuvres de la période mar­seillaise de l’artiste. Au début des années 1990 et des « années noires », la réflexion de Denis Martinez sur l’espace et la manière d’en pren­dre pos­ses­sion, inter­ro­ga­tion de pein­tre tou­jours recom­men­cée, se charge d’angoisse et témoi­gne de la confron­ta­tion d’uni­vers inconci­lia­bles. Le trai­te­ment esthé­ti­que du thème de la porte, cher au pein­tre, évolue, deve­nant le lieu de ten­sions contrai­res mais aussi d’ouver­ture sur tous les pos­si­bles. Ainsi, de cette Porte de l’illu­mi­na­tion, où la révé­la­tion semble venir de l’affron­te­ment de forces anta­go­ni­ques qui tra­ver­sent le sujet au pas­sage du seuil, comme autant de flè­ches. Par la suite, dans d’autres œuvres, ses « Portes » devien­dront lieu de vio­lence, aux cou­leurs électriques, heur­tées, vio­lem­ment contras­tées, pour signi­fier l’immi­nence du danger, res­senti face à un espace exté­rieur devenu mor­ti­fère, celui de la guerre civile.

Les mots-repè­res, que l’artiste uti­lise dans ses com­po­si­tions pour ques­tion­ner et capter le regard, se sura­jou­tent dans leur véhé­mence inquiète et vaine aux signes expli­ci­te­ment agres­sifs qui per­cu­tent la toile. L’œuvre D’un lin­ceul à l’autre, réa­li­sée en 1999 en exil à Marseille, comme plu­sieurs de ces portes de l’enfer, pro­longe le témoi­gnage sur ces années de plomb. Les longs rec­tan­gles qui entou­rent le per­son­nage hébété se suc­cè­dent, ali­gnés comme autant de lin­ceuls, sur­mon­tés de mots en tifi­nagh, en arabe, en fran­çais, expres­sion pathé­ti­que du désar­roi et de l’omni­pré­sence de la vio­lence et de la mort.

Copyright © Galerie Claude Lemand 2012.

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