Zoulikha BOUABDELLAH - ALGERIA MY LOVE - Exhibition.

From 20 July to 7 August - Institut du monde arabe

  • BOUABDELLAH, LOVE bleu blanc rouge.

    LOVE bleu blanc rouge, 2014. Painting on metal, diameter 240 cm. Edition 1/3. Donation Claude & France Lemand. Museum, Institut du monde arabe, Paris. © Zoulikha Bouabdellah. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

  • BOUABDELLAH, Le Sommeil.

    Le Sommeil (A tribute to Gustave Courbet), 2015. Lacquer on paper, 160 x 280 cm. Edition 2/3. Donation Claude & France Lemand. Museum, Institut du monde arabe, Paris. © Zoulikha Bouabdellah. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

  • BOUABDELLAH, Video. Envers - Endroit.

    Envers - Endroit, 2016. Photograph still from the original video. © Zoulikha Bouabdellah. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

  • BOUABDELLAH, La Naissance de Vénus.

    La Naissance de Vénus, 2019. Original drawing, red lacquer on 8 papers. Total size, 115 x 280 cm. Donation Claude and France Lemand. Museum, Institut du monde arabe, Paris. © Zoulikha Bouabdellah. Courtesy of Galerie Claude Lemand, Paris.

  • BOUABDELLAH, Europe terrasse le taureau (Homage to Lebanon).

    Europe terrasse le taureau (Homage to Lebanon). Original drawing, red lacquer on paper, 180 x 160 cm. Donation Claude and France Lemand. Museum, Institut du monde arabe, Paris. © Zoulikha Bouabdellah. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

Zoulikha BOUABDELLAH (Algeria-France-Morocco, born in 1977)

(According to Anissa Bouayed)

“ From her begin­nings, with the video Dansons (2003) and its tight framing on the belly of an ori­ental dancer making the coins of her blue-white-red finery jingle to the rhythm of La Marseillaise, the visual artist and videog­ra­pher Zoulikha Bouabdellah has imposed as a fol­lower of "soft-trans­gres­sion". She is exhib­ited today in the most pres­ti­gious museums and gal­leries, and sev­eral prizes have crowned her research and achieve­ments, which all echo her polit­ical and social con­cerns and her posi­tion as a "pas­senger" between the worlds in which she evolves. The one who grew up in Algiers in an envi­ron­ment ded­i­cated to art and cul­ture, before coming to France at the age of 16 with her family, under the threat of Islamist ter­rorism, now lives and works between France and the Maghreb, striving to pool sin­gu­lar­i­ties and cul­tural dif­fer­ences and to share them, without departing from this duality between expected and hap­pened, already at work in Dansons.”

Si son instal­la­tion Silence, élaborée en 2008 et présentée en 2015 en région parisi­enne, avait fait polémique, car l’artiste y mêlait tapis de prière et objets con­sid­érés comme pro­fanes (des escarpins au profil très « féminin »), révélant les ten­sions qui traver­saient la société française dans le con­texte post-atten­tats, c’est ce besoin de dia­logue que l’artiste avait fait valoir dans sa réponse. Et quand elle donne à voir son héritage cul­turel arabo-musulman (usage de la cal­ligra­phie, de l’art déco­ratif arabe,…), ce n’est pas dans une logique de repli iden­ti­taire ou binaire, mais au con­traire dans le but de traduire, par le lan­gage plas­tique, le récit des mobil­ités con­tem­po­raines, qui met­tent en con­tact cul­tures et pop­u­la­tions de tous les hori­zons. Parmi ses thèmes favoris, l’usage des mots arabes tels que hobb « amour » s’inscrit dans une recherche qu’elle mène depuis 2007, pour­suivie sur plusieurs années en de mul­ti­ples vari­a­tions sur dif­férents sup­ports : métal, bois, plaque de lave, néon, papier. Présentées dans diverses régions du monde, des œuvres telles que LOVE Bleu Blanc Rouge ou Mirages rap­pel­lent l’apport de la cul­ture et de la langue arabe à la cul­ture uni­verselle.

L’art de Zoulikha Bouabdellah est un moyen non-neutre de parler de notre monde, d’en con­tester cer­tains aspects, de vouloir le trans­former - un art trans­gressif, dont on retrouve l’inten­tion­nalité dans des œuvres dénonçant des sit­u­a­tions longtemps con­sid­érées comme nor­ma­tives, comme la ques­tion du genre ou celle de la place faite aux femmes dans l’ordre patri­arcal dom­i­nant. Ainsi, dans des travaux récents tels que ses derniers assem­blages faits à la laque monochrome sur papier, Zoulikha choisit une énonciation « en sus­pens » et tra­vaille sur le non-dit, comme le sug­gère Le Sommeil, ou encore Europe (Hommage au Liban, 2020), dont elle brosse le por­trait telle une femme puis­sante, prête à ter­rasser le tau­reau qui la saisit ; un mes­sage de résis­tance, mais une œuvre en frag­ments, au tracé instable, qui sug­gère aussi l’idée que cette affir­ma­tion de soi n’est pas encore totale­ment acquise.

Ses dernières œuvres témoignent d’une atten­tion soutenue aux œuvres de l’his­toire de l’art européen pour les activer, les faire parler à nou­veau, aujourd’hui, non pas du passé mais du présent, en les regar­dant à partir d’inten­tions esthé­tiques et poli­tiques actuelles. Non que l’artiste ait aban­donné l’autre pan de sa créa­tion, qui puise dans sa cul­ture musul­mane les éléments qu’elle remodèle selon ses objec­tifs créatifs. Mais elle s’attelle à la con­struc­tion d’une œuvre ample, qui témoigne dans son évolution même, dans la mul­ti­plicité des cen­tres d’intérêt et l’élargissement des thé­ma­tiques, d’une con­science à l’échelle du monde.

- Zoulikha Bouabdellah, Le Sommeil (Hommage à Gustave Courbet), 2016-2019. Laque rouge sur huit papiers, 160 x 280 cm. © Donation Claude et France Lemand 2019. Musée de l’IMA.
Dans Le Sommeil, le tracé suit les courbes de deux corps. Le trait est inachevé, sus­pendu, sa couleur rouge monochrome nous ren­voie au sang, sym­bole de vie et au rouge sen­suel du plaisir charnel, que la pose amoureuse des deux corps noués dans le som­meil sub­lime, con­ser­vant cette belle manière de Courbet d’évoquer le plaisir féminin et le saphisme dans le con­texte social rig­oriste qui était le sien. Zoulikha enjambe les siè­cles pour sig­ni­fier que les ques­tions du con­trôle social sur les femmes ne sont pas encore réglées et met en place ce dis­positif par­cel­laire qui nous fait men­tale­ment nous sou­venir de l’œuvre citée dans son inté­gralité, alors qu’elle ne pro­pose que des morceaux de corps, organ­isés autour d’un centre vide, qui nous happe comme dans un ver­tige et éveille en nous un refus du mor­celle­ment.

- Zoulikha Bouabdellah, Envers Endroit, 2016. Vidéo sur deux écrans, 6 min­utes. Couleur et son, créa­tion de l’artiste. © Donation Claude et France Lemand 2021. Musée de l’Institut du monde arabe.
Envers Endroit pro­longe la réflexion de l’artiste sur la place des femmes dans l’his­toire de l’art, comme miroir de leur place dans la société de leur temps. Par un procédé de col­lage, elle « redessine » de façon dynamique trois tableaux emblé­ma­tiques : Les Trois Grâces de Raphaël (1503-1505), Gabrielle d’Estrée et une de ses sœurs de l’Ecole de Fontainebleau (1594-1595) et Olympia de Manet (1863). Dans un dis­positif visuel com­plexe, qui tranche avec la sim­plicité de ses dis­posi­tifs antérieurs et s’égrène au rythme lent d’une mélopée arabe, s’entremê­lent trois his­toires qui se dédou­blent dans le dip­tyque, révélées et cachées dans un jeu de présence/absence. Le film, en pro­posant une ver­sion con­tem­po­raine de ces œuvres, en inver­sant la représen­ta­tion racial­isée de la maîtresse et de sa ser­vante pour Olympia, en délo­cal­isant les récits, en met­tant en scène des femmes agis­santes, montre que se saisir de l’his­toire de l’art n’est pas un culte du passé mais une manière de s’inter­roger par l’image sur le rôle et la place des femmes dans toutes les sociétés et à toutes les époques.

elle s’attelle à la con­struc­tion d’une œuvre ample, qui témoigne dans son évolution même, dans la mul­ti­plicité des cen­tres d’intérêt et l’élargissement des thé­ma­tiques, d’une con­science à l’échelle du monde.

- Zoulikha Bouabdellah, Le Sommeil (Hommage à Gustave Courbet), 2016-2019. Laque rouge sur huit papiers, 160 x 280 cm. © Donation Claude et France Lemand 2019. Musée de l’IMA.
Dans Le Sommeil, le tracé suit les courbes de deux corps. Le trait est inachevé, sus­pendu, sa couleur rouge monochrome nous ren­voie au sang, sym­bole de vie et au rouge sen­suel du plaisir charnel, que la pose amoureuse des deux corps noués dans le som­meil sub­lime, con­ser­vant cette belle manière de Courbet d’évoquer le plaisir féminin et le saphisme dans le con­texte social rig­oriste qui était le sien. Zoulikha enjambe les siè­cles pour sig­ni­fier que les ques­tions du con­trôle social sur les femmes ne sont pas encore réglées et met en place ce dis­positif par­cel­laire qui nous fait men­tale­ment nous sou­venir de l’œuvre citée dans son inté­gralité, alors qu’elle ne pro­pose que des morceaux de corps, organ­isés autour d’un centre vide, qui nous happe comme dans un ver­tige et éveille en nous un refus du mor­celle­ment.

- Zoulikha Bouabdellah, Envers Endroit, 2016. Vidéo sur deux écrans, 6 min­utes. Couleur et son, créa­tion de l’artiste. © Donation Claude et France Lemand 2021. Musée de l’Institut du monde arabe.
Envers Endroit pro­longe la réflexion de l’artiste sur la place des femmes dans l’his­toire de l’art, comme miroir de leur place dans la société de leur temps. Par un procédé de col­lage, elle « redessine » de façon dynamique trois tableaux emblé­ma­tiques : Les Trois Grâces de Raphaël (1503-1505), Gabrielle d’Estrée et une de ses sœurs de l’Ecole de Fontainebleau (1594-1595) et Olympia de Manet (1863). Dans un dis­positif visuel com­plexe, qui tranche avec la sim­plicité de ses dis­posi­tifs antérieurs et s’égrène au rythme lent d’une mélopée arabe, s’entremê­lent trois his­toires qui se dédou­blent dans le dip­tyque, révélées et cachées dans un jeu de présence/absence. Le film, en pro­posant une ver­sion con­tem­po­raine de ces œuvres, en inver­sant la représen­ta­tion racial­isée de la maîtresse et de sa ser­vante pour Olympia, en délo­cal­isant les récits, en met­tant en scène des femmes agis­santes, montre que se saisir de l’his­toire de l’art n’est pas un culte du passé mais une manière de s’inter­roger par l’image sur le rôle et la place des femmes dans toutes les sociétés et à toutes les époques.

Copyright © Galerie Claude Lemand 2012.

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