Mon Hommage à NOTRE-DAME - Une peinture de Hani ZUROB.

Du 14 au 17 avril - Musée. Institut du monde arabe.

  • Hani ZUROB, Notre-Marie - Maryamouna.

    Notre-Marie - Maryamouna, 2019. Technique mixte sur toile, 120 x 100 cm. © Hani Zurob. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

HANI ZUROB,
Maryamuna. Notre Marie.

Les dona­teurs Claude et France Lemand, bou­le­ver­sés par l’incen­die qui a ravagé, le 15 avril 2019, l’emblé­ma­ti­que cathé­drale Notre-Dame de Paris, ont demandé à des artis­tes du monde arabe et des dia­spo­ras, tou­chés eux aussi par ce drame, d’appor­ter leur témoi­gnage.

www.ima­rabe.org

Hani Zurob (Palestine, 1976-France)

"Incendie à Notre Dame". Comme une flamme, le mes­sage est arrivé sur mon por­ta­ble. C’était le jour même du ver­nis­sage de mon expo­si­tion ZeftLand à Amman. Je reçus le mes­sage comme si c’était d’un incen­die ou d’une explo­sion d’une maison ou d’une mos­quée en Palestine, ou les feux de l’occu­pa­tion. Avec ce sen­ti­ment, je sus que Paris était deve­nue ma ville, ma maison en exil, peut-être pour tou­jours. C’est le même conflit entre le sacré et le maudit.

Notre petite maison dans le camp de Rafah me revint en mémoire et notre salon aux fenê­tres don­nant sur la rue prin­ci­pale, occu­pée par les sol­dats, leurs armes et leurs feux. Durant les rudes et lon­gues jour­nées et nuits de couvre-feu et durant la pre­mière Intifada de 1987, j’ai été obligé de me réfu­gier dans la biblio­thè­que de mon père. C’est là que j’avais décou­vert le monde de la lec­ture et de la pein­ture, en essayant de tuer l’ennui et la peur d’être dans le champ de mire des sol­dats et de leurs bombes. Là-bas, près de la fenê­tre don­nant sur les feux de l’occu­pa­tion du camp de Rafah, j’ai lu Le Bossu de Notre-Dame, la tra­duc­tion arabe de Notre-Dame de Paris de Victor Hugo. J’ai tel­le­ment aimé le roman avec tous ses éléments et ses détails.

Le choc de la dépê­che sur Notre-Dame en feu a fait reve­nir à ma mémoire la des­crip­tion de l’incen­die dans le roman. Mais para­doxa­le­ment, je me suis sou­venu du moment où je suis arrivé à mon ate­lier, à la Cité Internationale des Arts à Paris en 2006 et ma joie en voyant la grande fenê­tre don­nant sur la Seine, et plus pré­ci­sé­ment sur Notre-Dame. J’étais seu­le­ment à dix minu­tes à pied de la Cathédrale. C’est ainsi que je suis devenu le voisin du bossu qui y réside. Notre-Dame était donc le pre­mier lieu de ma vraie ren­contre avec le cœur de la Capitale des Lumières. Un cœur dont je sentis les bat­te­ments - depuis ma fenê­tre d’enfance, avec le bossu de Notre-Dame. Cet incen­die était donc dans le cœur, exac­te­ment comme dans les tableaux de ZeftLand que j’expo­sais en même temps à Amman. Mais ce gou­dron (zeft en arabe) est d’un autre genre, il est dif­fé­rent de celui de l’occu­pant qui brûle le cœur et la maison ensem­ble.

Le fil de la mémoire a cons­truit mon œuvre. La lit­té­ra­ture et l’immen­sité du sen­ti­ment en la décou­vrant dans les livres, ont ouvert pour moi une fenê­tre de lumière : la pein­ture. Aujourd’hui, je conti­nue tech­ni­que­ment à partir du lieu où j’ai fini mes der­niè­res œuvres de l’expo­si­tion "ZeftLand". Ces œuvres, comme je l’avais écrit dans le com­mu­ni­qué de l’expo­si­tion, "sont des appro­ches concep­tuel­les à l’échelle de la des­truc­tion, de l’incen­die et du cha­grin. A me retrou­ver confronté au sacré comme au maudit, tant sur terre que dans l’œuvre d’art, je me suis posé la ques­tion : Y a-t-il une dif­fé­rence ?

Pour Notre-Marie - Maryamouna, mon plus récent tableau, j’ai choisi le gou­dron et le pastel comme matiè­res prin­ci­pa­les. Et lier ainsi, visuel­le­ment, ma pra­ti­que actuelle du gou­dron avec la mémoire, et avec le pastel que j’uti­li­sais dans mon enfance comme matière ordi­naire. C’est le fil de la mémoire encore une fois, qui m’a poussé à tra­vailler en plu­sieurs cou­ches super­po­sées, qui s’appro­chent ou s’éloignent pour former une œuvre de pro­fon­deur, avec des dimen­sions et des pers­pec­ti­ves en cou­leurs variées, sans recou­rir aux lignes.

Notre-Marie - Maryamouna est un choix visuel, relié à la mémoire comme au pré­sent. C’est un choix concep­tuel par son titre. Non seu­le­ment en rela­tion à notre héri­tage cultu­rel, his­to­ri­que, archéo­lo­gi­que, mais aussi parce que Notre-Dame est au pre­mier chef Notre-Marie, Marie la Palestinienne. Et Marie brûle chaque jour, inter­dite de raconter son his­toire. Marie, la "pay­sanne pales­ti­nienne qui a perdu un Dieu".
(Hani Zurob, Paris, octo­bre 2019)

Copyright © Galerie Claude Lemand 2012.

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