HOMMAGE A BEYROUTH - Salâmun li Bayrût - KHALED TAKRETI.

Du 16 au 27 janvier - Fonds Claude & France Lemand-IMA

  • TAKRETI, Beirut Mood 1.

    Beirut Mood 1, 2020. Polyptyque de 18 toiles. Acrylique sur toile, 135 x 200 cm. © Khaled Takreti. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

  • TAKRETI, Beyrouth.

    Beyrouth, 2020. Acrylique sur toile, 150 x 120 cm. © Khaled Takreti. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

  • TAKRETI, Beirut Mood 2.

    Beirut Mood 2, 2020. Polyptyque de 9 toiles. Acrylique sur toile, 135 x 100 cm. © Khaled Takreti. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

  • TAKRETI, Beirut Mood 3.

    Beirut Mood 3, 2020. Polyptyque de 9 toiles. Acrylique sur toile, 135 x 100 cm. © Khaled Takreti. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.

HOMMAGE A BEYROUTH - Salâmun li Bayrût - KHALED TAKRETI.

« Le beau visage de Beyrouth ne va jamais dis­pa­raî­tre ! »

À la gale­rie Claude Lemand (Paris), l’artiste syrien Khaled Takreti affi­che deux de ses œuvres, dans le cadre d’une expo­si­tion col­lec­tive dédiée au Liban et inti­tu­lée « Hommage à Beyrouth ».

OLJ / Propos recueillis par Colette KHALAF, le 20 jan­vier 2021

Vous par­ti­ci­pez à cette expo­si­tion « Hommage à Beyrouth », orga­ni­sée par France et Claude Lemand, et qui com­prend plu­sieurs artis­tes. Votre tra­vail pic­tu­ral témoi­gne d’un lien orga­ni­que avec le Liban et notam­ment avec sa capi­tale, bien que vous soyez consi­déré comme le chef de file de la pein­ture arabe et syrienne contem­po­raine. Comment décri­vez-vous ces rap­ports ?

Je suis né au Liban et le pre­mier deuil dans ma vie s’ins­crit à l’âge de 12 ans, quand j’ai dû quit­ter ma maison à Beyrouth, mon quar­tier et le Liban à cause de la guerre civile de 1975. J’avais le cœur déchiré ce jour-là, mais je savais qu’un jour j’allais retour­ner chez moi à Beyrouth. Mes parents se sont mariés au Liban, ma grand-mère et mon grand-père y sont enter­rés et la maison de mon enfance est tou­jours la même à Beyrouth où ma mère (dont la mère bio­lo­gi­que est liba­naise) réside actuel­le­ment. Elle vit dans cette maison depuis son mariage et j’y ai grandi. J’ai tou­jours fait des allers-retours à Beyrouth, car la moitié de ma vie, avant mon émigration, était divi­sée entre les deux pays, le Liban et la Syrie. Quant à ma mère, elle repré­sente mon lien le plus solide avec le Liban. J’y allais tous les deux mois (avant le confi­ne­ment) et je rési­dais chez elle, dans la même cham­bre où j’ai grandi. Les Frères maris­tes de Beit Méry, les bou­ti­ques de Zahar pour ache­ter des vête­ments, les bou­ti­ques de Donald Duck pour ache­ter les jouets, la pâtis­se­rie Dandy pour les bon­bons et les glaces, autant de sou­ve­nirs d’enfance qui m’ont tou­jours accom­pa­gné en gran­dis­sant. J’aime ce pays.

Cette grande expo­si­tion-vente cari­ta­tive a été lancée par Claude et France Lemand au len­de­main de la catas­tro­phe du 4 août 2020, qui a laissé une grande cica­trice dans votre cœur. Vous avez été invité à en faire partie. Cette déchi­rure se tra­duit-elle dans votre tra­vail par de la noir­ceur ou par de l’espoir ?

Je suis ori­gi­naire de deux pays qui ont eu leurs gran­des bles­su­res et leurs bou­le­ver­se­ments : le Liban et la Syrie. Le 4 août a été un choc de plus dans ma vie. Comme il l’a été pour le reste de la pla­nète. Certes, nous sommes encore en deuil car l’explo­sion a détruit notre ville et notre âme aussi. Les cœurs étaient brisés plus que les vitres de la ville. C’est un grand choc car tout ce qui est maté­riel peut être réparé sans lais­ser des mar­ques, mais pas l’humain. Cette grande catas­tro­phe a laissé des stig­ma­tes en nous. Mais j’ai appris à tou­jours me rele­ver tout comme le Liban qui renaît tou­jours de ses bles­su­res. Il y a donc un espoir qui cir­cule dans l’âme des œuvres de cette expo­si­tion. Une sorte de prière par la pein­ture pour un Liban fort et beau.

Racontez-nous cette expo­si­tion-vente cari­ta­tive orga­ni­sée pour le Liban : com­ment est-elle née ? Et com­ment va-t-elle se dérou­ler ?

Dès le len­de­main des explo­sions du port de Beyrouth, les Lemand ont pensé orga­ni­ser cette expo­si­tion. Ce couple franco-liba­nais a déjà donné 1 500 œuvres d’art au musée de l’Institut du monde arabe et créé le Fonds Claude et France Lemand pour conti­nuer les acqui­si­tions, orga­ni­ser des expo­si­tions, encou­ra­ger la recher­che en his­toire de l’art, les publi­ca­tions et les actions péda­go­gi­ques.

« Hommage à Beyrouth », où chaque artiste a eu la liberté totale dans la créa­tion de ses œuvres – le format, le nombre, le médium, le sujet, le style, etc. – est com­po­sée de deux étapes. Il y a d’abord une expo­si­tion vir­tuelle pen­dant 3 mois sur le site de la gale­rie www.claude-lemand.com, pour pré­sen­ter un choix d’artis­tes avec les œuvres qu’ils ont créées pour Beyrouth. Cette annonce a com­mencé début jan­vier. La deuxième étape sera une expo­si­tion réelle étalée sur deux semai­nes, en mai 2021, dans les espa­ces de Christie’s Paris, qui pré­sen­tera les œuvres de soixante artis­tes soli­dai­res d’Orient et d’Occident, du Liban et de dix-sept autres pays, qui seront ven­dues aux enchè­res au cours d’une vente cari­ta­tive en ligne.

Quel est l’objec­tif de cette expo­si­tion ?

Le Fonds Claude et France Lemand-IMA rever­sera aux artis­tes et aux col­lec­tion­neurs 50 % du prix mar­teau de leurs œuvres et uti­li­sera les 50 % res­tants pour conti­nuer à enri­chir les col­lec­tions du musée de l’Institut du monde arabe par l’acqui­si­tion de nou­vel­les œuvres d’artis­tes liba­nais et pour par­ti­ci­per à l’orga­ni­sa­tion et au finan­ce­ment de la grande expo­si­tion « Lumières du Liban », qui sera déployée dans les espa­ces de l’IMA du 27 mai au 26 sep­tem­bre 2021.

Vous êtes en confi­ne­ment à Bruxelles où vous êtes établi. En pro­fi­tez-vous pour tra­vailler ? Et en quoi a consisté exac­te­ment votre par­ti­ci­pa­tion à cet « Hommage à Beyrouth » ?

Malgré le confi­ne­ment, je n’arrête pas de pein­dre. Je tra­vaille huit heures par jour dans mon ate­lier. Le tra­vail élimine l’angoisse bien que cet exer­cice me stresse mais j’avoue pré­fé­rer le stress à l’angoisse. C’est un état cons­truc­tif alors que l’angoisse est para­ly­sante. La pein­ture a donc été mon exu­toire. Ainsi j’ai réa­lisé plu­sieurs œuvres, mais j’en ai choisi deux au final. Une grande toile colo­rée, com­po­sée de 18 peti­tes toiles, qui parle de l’atmo­sphère de la vie quo­ti­dienne à Beyrouth, comme un puzzle où le lien entre les peti­tes toiles fait l’har­mo­nie de l’ensem­ble. Elle rap­pelle un grand vitrail coloré et lumi­neux où un esprit posi­tif domine la sur­face de la toile.
Une autre pein­ture en noir et blanc, tra­vaillée dans une tech­ni­que et un style dif­fé­rents, donne un aperçu des monu­ments du pays. Elle est com­po­sée de scènes, comme des cartes pos­ta­les, des endroits emblé­ma­ti­ques de Beyrouth.

Vous pensez que ce beau visage du Liban que vous avez voulu trans­met­tre dis­pa­raî­tra un jour ?

Jamais ! Ce beau visage de la ville de Beyrouth ne va jamais dis­pa­raî­tre. Car la ville est faite par les Libanais, un peuple éduqué, cultivé, qui aime la vie et qui a le don de savoir vivre. Je suis sûr que comme à chaque fois, il est capa­ble de sur­vi­vre et de trou­ver la bonne solu­tion pour se recréer encore une fois. Il ne faut sur­tout pas oublier que le monde entier aime le Liban et le sou­tien­dra. C’est un pays qui a beau­coup de charme et ses admi­ra­teurs sont nom­breux par­tout dans le monde. Je suis fier de dire que je viens du Liban. Certes, il a tra­versé des pério­des dif­fi­ci­les mais malgré tout, il reste l’oxy­gène du Moyen-Orient.

À qui, selon vous, cette expo­si­tion s’adresse-t-elle ?

Je pense que cette expo­si­tion-vente s’adresse d’abord aux Libanais et aux mil­lions de per­son­nes à tra­vers le monde qui aiment le Liban et admi­rent le cou­rage de son peuple et la créa­ti­vité de ses artis­tes et de ses écrivains. Dans son com­mu­ni­qué, Claude Lemand écrit : « Nous vou­lons expri­mer la soli­da­rité inter­na­tio­nale des artis­tes et des col­lec­tion­neurs avec le peuple liba­nais, avec le monde des arts et de la culture de ce cher Liban, pro­fon­dé­ment meur­tri par une suc­ces­sion de mal­heurs et de crimes ; sou­te­nir son admi­ra­ble jeu­nesse et témoi­gner de la face lumi­neuse d’un autre Liban, creu­set de civi­li­sa­tions et de cultu­res dis­sé­mi­nées à tra­vers tous les conti­nents. »

Copyright © Galerie Claude Lemand 2012.

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